menu mobile

L’information économique au cœur des marchés africains

Risque souverain et créances douteuses, les signaux d’alerte du FMI sur les fragilités du système bancaire camerounais

BRVMC0000000 - BRVMC
La BRVM Ouvre dans 17h53min

À l'issue des consultations au titre de l'Article IV conclues le 25 mars 2026, le Fonds monétaire international (FMI) a remis en lumière les vulnérabilités du système bancaire camerounais. Dans ses conclusions publiées le 30 mars, l'institution appelle explicitement à la prudence face à l'imbrication croissante entre les banques et l'État, tout en pointant une qualité d'actifs qui continue de se dégrader.

"Les administrateurs ont appelé à la vigilance dans le secteur financier, dans un contexte de niveau élevé de prêts non performants et d'interdépendance entre l'État et les banques. Ils ont recommandé la prudence face à l'expansion de la présence de l'État dans le secteur bancaire", peut-on lire dans le communiqué publié par l'institution financière. Cette double alerte intervient alors que les indicateurs disponibles montrent un affaiblissement progressif du portefeuille de crédits, malgré une rentabilité en forte hausse.

La qualité du portefeuille de crédits, premier point de fragilité mis en avant par le FMI, souffre d'une dégradation constante. La note de conjoncture publiée par le ministère des Finances indique qu'au premier trimestre 2025, les créances en souffrance atteignent 14,9 % de l'encours total des crédits, estimé à 6 273,1 milliards FCFA. En valeur absolue, cela correspond à près de 935,7 milliards FCFA de prêts compromis. Cette évolution prolonge une tendance déjà observée en 2024. Un an auparavant, selon des données de marché consultées par Sikafinance, le taux de dégradation s'établissait à 13,81 %, pour un volume de créances douteuses de 774,1 milliards FCFA. En douze mois, l'encours des prêts non performants a ainsi progressé d'environ 161,6 milliards de FCFA.

Exposition au risque souverain

L'autre aspect sur lequel l'institution de Bretton Woods appelle à davantage de vigilance concerne l'exposition des banques au risque souverain. En l'absence de données récentes sur l'exposition des banques camerounaises au risque souverain, les tendances observées à l'échelle de la zone CEMAC permettent d'en apprécier l'ampleur, dans un espace où le Cameroun fait figure de mastodonte du marché bancaire avec 19 banques en activité et un poids prépondérant dans les actifs du secteur.

À ce titre, le rapport de surveillance multilatérale 2024 et perspectives 2025-2026 de la Commission de la CEMAC indique que l'exposition du secteur bancaire au risque souverain a atteint 32 % du total des actifs en 2024, après 31 % en 2023, 23,5 % en 2019 et 10 % en 2015, avec des niveaux dépassant 50 % dans plusieurs établissements. Une dynamique qui traduit une accumulation croissante de titres publics dans les bilans bancaires et renforce les liens de dépendance entre États et banques dans la sous-région.

Cette orientation se confirme dans la gestion de la trésorerie. Près de la moitié des emplois de trésorerie des banques, soit 48,8 %, a été dédiée à la souscription des titres publics en 2024. Les banques ont donc consacré près de la moitié de leur argent disponible à financer les États. Selon les données de la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC), au 31 mars 2025, les banques détenaient 66,1 % des valeurs du Trésor en circulation dans la CEMAC. L'enveloppe des titres publics dans le portefeuille des banques Spécialistes en valeurs du Trésor (SVT) totalisait 5 589,6 milliards FCFA à fin mars 2025, sur un encours global de titres estimé par la banque centrale à 8 451,8 milliards FCFA.

La Commission de la CEMAC explique ce choix par des raisons de rentabilité et de gestion. Les titres publics offrent des revenus réguliers et sont considérés comme plus simples à gérer que les prêts aux entreprises.

Selon la BEAC et le FMI, cette surexposition crée un effet d'éviction du secteur privé. "En privilégiant les titres publics, les banques accordent moins de crédits aux entreprises. Les PME, qui représentent l'essentiel du tissu économique dans la CEMAC, ont alors plus de difficultés à accéder au financement bancaire. Cela freine l'investissement, limite la diversification économique et pèse sur la croissance", souligne la BEAC.

 Perton Biyiha

Publié le 01/04/26 11:53

La Rédaction

SOYEZ LE PREMIER A REAGIR A CET ARTICLE

Pour poster un commentaire, merci de vous identifier.

2WQSOpUnHQWYRFz-jBXaos7lahTPCf7kegimzVeQQFs False