Le Tchad dégage, sur le premier semestre 2026, le troisième excédent commercial de la CEMAC face à la Chine, avec 738,5 millions de dollars, sur un volume total d'échanges de 1,38 milliard de dollars, soit 13,5% du commerce CEMAC-Chine, selon les douanes chinoises. La Note d'analyse de l'Indice Composite des Cours des Produits de Base de la BEAC permet de replacer ce résultat dans son contexte. Le cours mondial du pétrole brut est passé de 62,1 dollars le baril au quatrième trimestre 2025 à 75,7 dollars au premier trimestre 2026, une hausse de 22%, portée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et le maintien des quotas restrictifs de l'OPEP+.
Cette flambée des cours énergétiques, qui atteint 23% pour l'ensemble de la catégorie " produits énergétiques " selon l'indice composite de la BEAC, éclaire directement la dynamique tchadienne. Le pétrole représentant l'essentiel des exportations du pays, la hausse de 377,9% enregistrée par les douanes chinoises en juin ne reflète pas uniquement un regain de la demande chinoise, mais aussi, mécaniquement, un effet prix favorable sur un marché mondial en tension. Ce facteur prix explique une partie de la hausse, mais pas son ampleur totale : une progression de 22% du cours du baril ne pouvant, à elle seule, porter une variation supérieure à 15 fois cette ampleur.
Cette embellie se retrouve également dans les données de croissance de la BEAC. Le Tchad contribue pour 1 point à la croissance de l'Indice Composite des Activités Économiques de la CEMAC au premier trimestre 2026, une contribution que la BEAC anticipe en hausse à 1,6 point au deuxième trimestre, l'une des plus fortes accélérations de la zone. Les services de la banque centrale attribuent ce regain non seulement au pétrole, mais aussi au secteur minier, notamment à l'or, un débouché qui n'apparaît pas dans les statistiques douanières chinoises et qui pourrait donc emprunter d'autres canaux d'exportation que la Chine.
Le contraste entre un environnement de prix redevenu favorable et de cette variation commerciale permet de distinguer deux lectures. D'une part, un effet de fond réel et mesurable puisque le Tchad bénéficie d'un marché pétrolier mondial en tension, comme l'ensemble des producteurs de la zone, d'autre part, un effet de mois isolé que ni le cours du baril ni la dynamique de croissance domestique ne permettent clairement d'expliquer. Pour la trajectoire du Tchad, engagé dans une restructuration de sa dette pétrolière, ce prix en hausse et cette croissance domestique attendue en accélération, offre une fenêtre favorable. Les prévisions de la Banque mondiale citées par la BEAC évoquant un scénario où le Brent pourrait atteindre 115 dollars en moyenne en 2026 en cas d'aggravation du conflit au Moyen-Orient, un niveau qui profiterait davantage encore aux recettes tchadiennes.
Idrissa Diakité
Publié le 05/08/26 18:15
La Rédaction
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