Standard & Poor's a confirmé, le 11 septembre 2026, la note souveraine du Tchad à " B-/B ". Dans son rapport, l'agence de notation américaine détaille la progression des exportations d'or du pays, passées, selon elle, de 369 milliards FCFA en 2024 à 649 milliards FCFA en 2025, soit une hausse de 75,9 %. Pour 2026, S&P anticipe un montant supérieur à 1 000 milliards FCFA. Cela représenterait, au minimum, une progression supplémentaire de plus de 351 milliards FCFA, soit une hausse d'au moins 54,1 % sur un an.
Le gouvernement estime actuellement cette contribution à environ 1 % du PIB et ambitionne de la multiplier par cinq d'ici 2030, notamment en attirant davantage de multinationales et en renforçant les pratiques du secteur selon les standards internationaux.
Une avance sur le calendrier de S&P
La projection de S&P apparaît toutefois en décalage avec certaines données communiquées antérieurement par les autorités tchadiennes. Dans une interview accordée à Jeune Afrique en 2025, le ministre des Finances, du Budget et des Comptes publics, Tahir Hamid Nguilin, indiquait que, pour la seule année 2024, les exportations d'or issues de l'exploitation artisanale et destinées aux Émirats arabes unis avaient atteint une valeur de 2 milliards de dollars. Converti au taux de change courant du dollar, ce montant représente plus de 1 200 milliards FCFA, pour la seule destination émiratie et pour la seule filière artisanale. Il dépasserait donc déjà le niveau d'exportations attendu par S&P pour l'ensemble de l'année 2026.
Cette différence s'explique notamment par le périmètre des données retenues. Les chiffres de S&P correspondent aux exportations d'or comptabilisées dans la balance commerciale du pays, tandis que les données avancées par le ministre portent sur un flux spécifique à destination des Émirats arabes unis et provenant de l'exploitation artisanale. Or, une part importante de la production issue de l'orpaillage échappe encore aux circuits formels de commercialisation et aux dispositifs officiels de suivi. Les volumes réellement produits et exportés peuvent ainsi être supérieurs à ceux qui apparaissent dans les statistiques du commerce extérieur.
Dans le cadre de cette interview accordée à Jeune Afrique, Tahir Hamid Nguilin indiquait par ailleurs que le Tchad exportait " au moins dix tonnes par an " d'or issu exclusivement de l'orpaillage, une estimation qu'il avait déjà avancée en décembre 2022 devant les conseillers nationaux. Le ministre soulignait alors que l'augmentation des exportations avait contribué à accroître les recettes douanières, grâce notamment à un droit de sortie de 0,5 % et à une redevance statistique de 2 %, appliqués sur une valeur de référence de 18 750 FCFA le gramme fixée par arrêté en février 2022.
Un secteur informel qui échappe largement à l'État
Si une partie de la production artisanale est désormais intégrée aux circuits officiels, l'ampleur du commerce parallèle demeure néanmoins importante. En juin 2022, le président de la République, Mahamat Idriss Déby Itno, alors président de la Transition, avait reconnu que l'exploitation et la vente clandestines d'or généraient 57 milliards FCFA par semaine, une part importante de ces revenus échappant aux caisses publiques. La Banque mondiale avait, de son côté, estimé que la valeur de l'or exporté clandestinement dépassait largement celle des exportations officielles, alors évaluées à environ 200 millions de dollars pour l'année 2020.
Les régions aurifères du Tibesti et du Batha, au nord du pays, concentrent une grande partie de cette activité et attirent plus de 40 000 orpailleurs venus notamment du Soudan, du Niger, de la Mauritanie, de la Libye, de la Centrafrique, du Nigeria, d'Algérie et du Cameroun. Cette dimension transfrontalière rend le contrôle des flux plus complexe et complique les efforts de traçabilité de la production.
Pour tenter de mieux capter cette richesse et d'améliorer la connaissance des flux aurifères, le gouvernement tchadien a engagé plusieurs chantiers de réforme. Le ministère des Finances a notamment renforcé la formation de ses cadres en gemmologie et dans le contrôle des métaux précieux, tandis que la modernisation du cadastre minier se poursuit avec l'appui de l'Allemagne. Un projet de nouveau Code minier est également à l'étude, avec pour objectif de clarifier les conditions d'accès aux permis et de réduire les chevauchements de compétences entre administrations, déjà relevés par une analyse de la Banque mondiale.
Sur le terrain, la Société nationale d'exploitation minière et de contrôle, la SONEMIC, est chargée d'identifier et de délimiter les sites d'orpaillage, d'enregistrer les exploitants et de surveiller les flux qui en sont issus.
Claude Paul Tjeg
Publié le 15/09/26 10:58
La Rédaction
SN
CEMAC