Réuni le 2 mars à Abidjan, le conseil d'administration du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) a donné son feu vert à une prise de participation dans le fonds de capital-risque Saviu II, un véhicule d'investissement dédié aux start-up en phase de démarrage en Afrique de l'Ouest et centrale. Le Cameroun, le Mali et le Bénin figurent parmi les principaux pays ciblés, aux côtés de la Côte d'Ivoire, du Sénégal, du Togo et du Burkina Faso.
Dans le détail, la BAD va injecter 4,5 millions d'euros sous forme de fonds propres, c'est-à-dire en entrant directement au capital du fonds. Les 2 millions d'euros restants prennent la forme d'un mécanisme dit de " première perte ", apporté pour le compte de la Commission européenne dans le cadre du programme Boost Africa. Concrètement, cette enveloppe sert de coussin de sécurité pour absorber d'éventuelles pertes initiales et rassurer les autres investisseurs, publics ou privés, appelés à rejoindre le fonds.
L'objectif affiché est est d'apporter des capitaux à des start-up encore jeunes, souvent trop risquées pour les banques traditionnelles, mais déjà engagées dans un modèle économique structuré. Saviu II prévoit d'investir entre 500 000 et 3 millions d'euros dans environ vingt entreprises technologiques ou à forte composante numérique, principalement dans le segment B2B, c'est-à-dire des solutions destinées aux entreprises plutôt qu'au grand public.
Pour des marchés comme le Cameroun, le Mali ou le Bénin, où l'accès au financement demeure l'un des principaux freins à l'industrialisation du secteur numérique, ce type de capital est stratégique. Les fonds visés correspondent à la phase dite de " seed ", une étape charnière où la start-up cherche à transformer une idée ou un prototype en un produit commercial viable, puis à attirer ses premiers investisseurs institutionnels.
Saviu II s'inscrit dans la continuité d'un premier fonds lancé par Saviu Partners, société de gestion fondée par des professionnels du capital-investissement ayant fait le pari de l'Afrique francophone. Le premier véhicule, Saviu Ventures I, avait déjà ciblé des entreprises technologiques à fort potentiel, en misant sur des participations minoritaires et un suivi de proximité des équipes fondatrices.
Fort de cette première expérience, Saviu II entend renforcer sa présence dans des écosystèmes encore peu servis par les grands fonds internationaux. Le choix du Cameroun, du Mali et du Bénin répond à une logique économique précise. Ces pays combinent une démographie dynamique, une adoption rapide des services numériques et des besoins importants en solutions locales dans des secteurs comme la finance, l'agriculture, la logistique ou les services aux entreprises. Autant de terrains propices à l'émergence de champions régionaux, à condition de disposer de financements adaptés.
Le fonds prévoit par ailleurs de consacrer une enveloppe spécifique aux investissements dits de " pré-amorçage ". À ce stade très précoce, les montants sont plus modestes et les risques plus élevés. Les prises de participation se font généralement aux côtés de studios de start-up, d'incubateurs ou d'accélérateurs, qui accompagnent les jeunes pousses dès leurs premiers mois d'existence.
Même si l'essentiel des engagements doit être réalisé en Afrique de l'Ouest et centrale francophone, Saviu II se réserve la possibilité de co-investir en Afrique de l'Est, à condition que les entreprises ciblées disposent d'une équipe solide, d'un modèle économique éprouvé et d'une stratégie explicite d'implantation sur les marchés francophones d'Afrique de l'Ouest, afin d'y construire une présence durable.
Perton Biyiha
Publié le 02/03/26 14:42
La Rédaction
SN
CEMAC