Le Qatar, l'un des tout premiers exportateurs mondiaux de gaz naturel liquéfié (GNL), a suspendu sa production après des attaques iraniennes contre deux de ses principaux sites industriels. La décision de la compagnie publique QatarEnergy a immédiatement provoqué un choc sur les marchés européens, où les prix ont bondi de près de 50 % en quelques heures.
Les frappes ont visé des installations situées dans la cité industrielle de Ras Laffan, cœur névralgique du gaz qatari, ainsi que dans la zone industrielle de Mesaieed, au sud de Doha. Dans un communiqué, l'entreprise confirme l'arrêt de ses opérations. " En raison des attaques militaires perpétrées contre les installations de QatarEnergy situées dans les zones industrielles de Ras Laffan et de Mesaieed, au Qatar, QatarEnergy a cessé la production de gaz naturel liquéfié (GNL) et de produits dérivés ", indique le texte.
QatarEnergy affirme accorder " une grande importance à ses relations avec l'ensemble de ses parties prenantes " et promet de communiquer toute information nouvelle. Reste à savoir si cette interruption sera de courte durée ou si elle marquera un tournant plus durable pour l'un des centres névralgiques du marché mondial du gaz.
Selon le ministère qatari de la Défense, un drone iranien a ciblé une installation énergétique à Ras Laffan, à environ 80 kilomètres au nord de la capitale. Un autre appareil a frappé un réservoir d'eau d'une centrale électrique à Mesaieed. Les autorités affirment qu'aucune victime n'est à déplorer, mais l'impact industriel est majeur.
Le marché a réagi sans attendre. À la mi-journée, le prix du gaz en Europe – mesuré par l'indice de référence du marché néerlandais, appelé TTF – bondissait de plus de 48 % pour atteindre 47,32 euros le mégawattheure, après un pic à 47,70 euros.
Concrètement, le TTF est la principale bourse européenne où s'échangent les contrats de gaz naturel. Les " contrats à terme " correspondent à des achats ou ventes de gaz pour une livraison ultérieure, ce qui permet aux acteurs du marché (fournisseurs, industriels, traders) d'anticiper les prix et de se couvrir contre les hausses.
Même si ce niveau reste très inférieur aux sommets atteints en 2022, au début de la guerre en Ukraine – lorsque les prix avaient dépassé 300 euros le mégawattheure – la flambée actuelle traduit la nervosité extrême des opérateurs face au risque d'une interruption durable des approvisionnements.
Le Qatar occupe une place stratégique dans l'équilibre gazier mondial. Aux côtés des États-Unis, de l'Australie et de la Russie, l'émirat figure parmi les piliers de l'offre internationale de GNL. Il partage avec l'Iran le plus grand réservoir de gaz naturel au monde. La partie qatarie, connue sous le nom de North Field, représente à elle seule environ 10 % des réserves mondiales connues selon les estimations de l'entreprise.
Ces dernières années, Doha a consolidé sa présence en Europe et en Asie grâce à une série de contrats de long terme conclus avec des groupes énergétiques et des importateurs majeurs. Parmi eux figurent TotalEnergies, Shell, Petronet LNG, Sinopec et Eni. L'interruption de la production soulève donc des interrogations sur la continuité des livraisons, notamment vers l'Europe, qui a accru sa dépendance au GNL depuis la réduction des flux russes.
Le 28 février, Washington et Tel-Aviv ont lancé une vaste offensive aérienne contre des cibles militaires et politiques iraniennes, visant notamment à neutraliser le programme nucléaire de Téhéran et affaiblir son appareil d'État. L'opération, qui a touché des villes comme Téhéran, a entraîné la mort du guide suprême iranien et de plusieurs hauts responsables, selon plusieurs sources.
En réaction, l'Iran a répondu par des tirs de missiles et des attaques de drones non seulement vers Israël, mais aussi vers des bases américaines et des pays du Golfe comme les Émirats arabes unis, le Qatar, le Koweït ou Bahreïn, provoquant des dommages matériels et des pertes humaines.
Perton Biyiha
Publié le 02/03/26 14:48
La Rédaction
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