La flambée des prix de l'énergie consécutive à la guerre en Iran agit comme un révélateur brutal des fragilités macroéconomiques africaines. Au Malawi, pays déjà structurellement vulnérable, le choc se traduit par une envolée du prix du carburant, désormais fixé à 6 672 kwachas le litre, soit environ 3,86 dollars.
Ce qui classe le Malawi au 2e rang des pays au monde où l'essence est la plus chère, juste derrière Hong Kong où le litre atteint 4,11 dollars, consolidant une position déjà élevée dans les classements internationaux, selon les données de Bloomberg.
Cette divergence marque l'asymétrie des capacités d'absorption des chocs exogènes entre économies développées et marchés en développement.
Un choc externe amplifié par des déséquilibres internes
Si la hausse des cours mondiaux du pétrole liée aux tensions géopolitiques constitue le facteur déclencheur, elle ne fait qu'exacerber des déséquilibres internes persistants. Le Malawi est confronté à une dette publique croissante et à une pénurie chronique de devises, en particulier de dollars, indispensables pour financer ses importations de carburant.
Cette contrainte de liquidité extérieure exerce une pression directe sur la chaîne d'approvisionnement énergétique, provoquant des tensions sur les stocks et des renchérissements mécaniques. À cela s'ajoute la dépréciation de la monnaie locale, qui amplifie le coût des importations libellées en devises fortes.
Des choix de régulation aux effets contre-productifs
La politique de prix administrés, longtemps privilégiée pour contenir l'inflation, se retourne aujourd'hui contre les autorités. Selon la Malawi Energy Regulatory Authority, ce mécanisme a généré des pertes commerciales pour les distributeurs, entraînant des ruptures d'approvisionnement et une dégradation du fonctionnement du marché.
Face à cette situation, les autorités ont procédé à plusieurs ajustements brutaux. Après une hausse de près de 42 pour cent en janvier, un nouveau relèvement de 34 pour cent a été acté, accentuant la pression sur les ménages et les entreprises. Dans le même temps, toute réduction de la fiscalité sur les carburants est écartée, limitant les marges de manœuvre budgétaires.
Le fonds de stabilisation, censé amortir les fluctuations des prix, apparaît lui aussi fragilisé. Endetté, il nécessiterait plusieurs années d'assainissement, réduisant sa capacité à jouer son rôle contracyclique dans l'immédiat.
Un contraste régional révélateur des arbitrages économiques
La situation malawite contraste avec les stratégies adoptées par certains pays voisins. L'Afrique du Sud et la Namibie ont choisi d'alléger les prélèvements fiscaux pour contenir la hausse des prix à la pompe, tandis que le Mozambique maintient un système de prix administrés à un niveau relativement bas.
Ces arbitrages traduisent des différences de soutenabilité budgétaire et de capacité d'intervention publique. Là où certains États disposent de marges pour amortir le choc, d'autres, comme le Malawi, se trouvent contraints de répercuter rapidement les hausses internationales sur les consommateurs.
Publié le 03/04/26 10:38
La Rédaction
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CEMAC