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Face à la récurrence des crises, l’Afrique songe à sa souveraineté économique

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Le conflit au Moyen-Orient agit comme un révélateur brutal des fragilités structurelles des économies africaines. Flambée des prix de l'énergie, tensions sur les engrais, pression sur les devises : le choc est global, rapide, et met le continent face à une équation désormais incontournable transformer sa vulnérabilité en levier de souveraineté.

Réunis à Tanger en marge de la 58è session de la Commission économique pour l'Afrique, la BAD, la Commission de l'Union africaine, le PNUD et la CEA (commission économique pour l'Afrique) ont tiré la sonnette d'alarme. Leur constat est sans ambiguïté : l'Afrique subit de plein fouet une crise qu'elle n'a pas provoquée, mais dont les effets pourraient être durables si des réponses structurelles ne sont pas engagées.

Un choc externe aux répercussions immédiates

La mécanique est déjà enclenchée. En l'espace de quelques semaines, les prix mondiaux du pétrole ont bondi de plus de 50 %, tandis que près de trente monnaies africaines se sont dépréciées. Résultat : une facture d'importation qui s'alourdit, un service de la dette plus coûteux et une pression accrue sur les finances publiques.

Mais au-delà de l'énergie, c'est toute la chaîne économique qui est affectée. Les perturbations des approvisionnements en provenance du Golfe compliquent l'accès à des intrants essentiels comme l'ammoniac et l'urée, au moment même où s'ouvre la saison agricole, décrit la CEA dans une note publiée ce 2 avril au terme de la rencontre. Une situation à haut risque pour la sécurité alimentaire, en particulier dans les économies les plus dépendantes des importations.

Pour Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l'Union africaine, la situation démontre bien que l'escalade du conflit alimente une instabilité mondiale qui fragilise directement les économies africaines, déjà sous pression.

Un tournant stratégique pour le continent

Au-delà de l'urgence, les institutions africaines voient dans cette crise un point de bascule. " L'Afrique a subi trop de chocs externes dont elle n'est pas responsable ", rappelle Claver Gatete, de la CEA. Pour lui, l'enjeu dépasse la gestion immédiate : il s'agit d'accélérer la transition vers la sécurité énergétique, la souveraineté alimentaire et l'autonomie financière.

Même lecture du côté du PNUD. Sa directrice régionale pour l'Afrique, Ahunna Eziakonwa, insiste sur la capacité du continent à transformer cette crise en opportunité ? à condition de combiner décisions politiques, outils financiers et volonté d'action.

En filigrane, une idée s'impose : l'Afrique ne peut plus se contenter de réagir. Elle doit anticiper.

Trois niveaux de réponse pour changer de trajectoire

Le rapport conjoint des institutions propose une feuille de route structurée autour de trois horizons.

À court terme, l'urgence est sociale et économique : protéger les ménages, stabiliser l'accès aux carburants, aux denrées alimentaires et aux engrais. Une réponse qui implique une mobilisation coordonnée des États, des partenaires techniques et du secteur privé.

À moyen terme, le défi est celui de la consolidation : renforcer la sécurité énergétique, développer des systèmes de protection sociale ciblés et accélérer le commerce intra-africain dans le cadre de la ZLECAf.

Mais c'est à long terme que se joue la véritable rupture. Les institutions appellent à une transformation en profondeur, centrée sur la mobilisation des ressources internes et la mise en place de mécanismes africains de sécurité financière, à l'image du futur Mécanisme africain de stabilité financière.

De la vulnérabilité à la résilience

Pour Sidi Ould Tah, président de BAD, le moment est décisif. Face à la multiplication des crises, la réponse africaine doit évoluer : passer de la gestion des chocs à la construction d'une résilience durable.

Cela suppose un changement de paradigme. Investir massivement dans les secteurs stratégiques (énergie, agriculture, commerce), renforcer l'intégration régionale et développer des solutions financières portées par le continent lui-même. L'idée sous-jacent étant d'œuvrer à une transformation structurelle plutôt d'être dans une posture de gestion des conséquences des chocs conjoncturels.

La crise actuelle au Moyen-Orient n'est qu'un épisode supplémentaire dans une série de chocs globaux qui testent la résilience du continent. Mais elle pourrait aussi marquer un tournant. Celui où l'Afrique décide, enfin, de reprendre le contrôle de ses fondamentaux économiques, de bâtir une autonomie qui passe par sa capacité à maitriser ses ressources naturelles, à les transformer et les sécuriser pour alimenter sa propre dynamique de développement.

Publié le 03/04/26 11:08

Jean Mermoz Konandi

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