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Accord de pêche avec l'UE : Après 19 ans, le Gabon veut privilégier la transformation locale aux redevances européennes

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Le 29 juin marquera la fin du protocole de mise en œuvre liant le Gabon à l'Union européenne dans le secteur de la pêche, dénoncé par Libreville en juin 2025 et entériné par le Comité ministériel de pilotage en janvier dernier. Les autorités gabonaises présentent cette échéance non comme une simple rupture mais comme un choix délibéré : renoncer aux redevances versées par Bruxelles pour capter, à terme, la valeur ajoutée de la transformation locale du thon capturé dans la zone économique exclusive.

Sur le plan comptable, ce choix a un coût immédiat. Le protocole arrivant à échéance générait pour le Gabon une contribution annuelle de l'Union européenne de 1,6 million d'euros soit environ 1,05 milliard FCFA, complétée par près d'un million d'euros versés directement par les armateurs au titre des licences et des captures (environ 656 millions FCFA), soit un total annuel de l'ordre de 2,6 millions d'euros, près de 1,7 milliard FCFA. Sur l'ensemble du cycle 2021-2026, l'Union européenne chiffre sa contribution totale à environ 18 millions d'euros, soit 11,8 milliards FCFA.

Cette ambition de transformation locale s'inscrit dans une planification déjà ancienne mais récemment consolidée. L'industrialisation de la filière thonière figure comme deuxième pilier du Plan national de développement 2024-2026, immédiatement après les infrastructures stratégiques, et prolonge des orientations posées dès le Programme stratégique Gabon émergent. Le Plan national de croissance et de développement (PNCD) présenté cette année reprend cette priorité au titre de la diversification économique, signe d'une continuité politique au-delà des changements d'exécutif.

Côté opérationnel, c'est le site historique d'Owendo, celui de l'ex-Sifrigab, qui porte cette ambition. Tombée en désuétude, l'usine avait déjà été reprise une première fois en 2013-2014 par le groupe mauricien IBL, pour 1,5 milliard FCFA (environ 2,3 millions d'euros), avec un objectif de production de sardines en conserve rapidement freiné par les difficultés d'approvisionnement en poisson. Depuis avril 2024, c'est IB Fish, filiale du groupe burkinabè Ebomaf, qui a repris le site avec des moyens nettement supérieurs : 10 milliards FCFA investis (environ 15,2 millions d'euros), une chaîne intégrée allant de la réception à la mise en boîte, et l'acquisition de deux navires de pêche supplémentaires destinés à sécuriser l'approvisionnement qui avait fait échouer la précédente tentative.

Le potentiel halieutique national, tel qu'estimé en avril 2024 par la Direction générale des pêches et l'Agence nationale de promotion des investissements dans le cadre de la relance d'IB Fish, est de 15 000 tonnes de thon et 12 000 tonnes de sardines par an, soit 27 000 tonnes au total. Ce chiffre bien qu'inférieur au tonnage de référence de 32 000 tonnes de thon que l'accord avec l'UE autorisait aux navires européens à capturer annuellement, s'explique en partie par le fait que ce tonnage de référence, fixé dans le cadre des règles de la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (CICTA) sur les stocks atlantiques de thonidés hautement migrateurs, ne correspond pas à un gisement propre aux eaux gabonaises mais à un plafond contractuel calculé sur une base régionale.

Et le Gabon ne fait pas cavalier seul dans cette démarche : le Sénégal avait ouvert la voie en 2024 en mettant fin à son propre accord de pêche avec l'UE, et plusieurs États côtiers africains observent désormais les conditions d'exploitation de leurs ressources halieutiques par des flottes étrangères. Le Dialogue de partenariat tenu le 8 juin dernier à Libreville entre Bruxelles et le gouvernement gabonais a laissé la porte ouverte à un cadre de coopération renouvelé. Pour Libreville, l'enjeu des prochains mois consistera à transformer cette fenêtre diplomatique en capacité industrielle effective, sur un site qui, après plus d'une décennie de relances successives, joue cette fois sa crédibilité avec des objectifs qu'il conviendra de mesurer à l'aune du potentiel réel des eaux gabonaises.

 

Publié le 17/06/26 15:53

La Rédaction

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