En 2025, les installations solaires en Afrique ont bondi de 54% par rapport à l'année précédente, signant la plus forte croissance annuelle jamais enregistrée. Une accélération significative qui place désormais l'énergie solaire au cœur des stratégies d'accès à l'électricité, de résilience économique et de sécurité énergétique.
Ce constat ressort du dernier rapport du Conseil mondial de l'énergie solaire, publié ce 2 février à Nairobi. Derrière ce chiffre record, une transformation plus profonde se dessine. Le marché africain du photovoltaïque ne progresse plus seulement grâce à quelques grands projets publics. Il se diffuse rapidement à travers les ménages, les entreprises et les économies locales.
Deux moteurs, un même basculement
Selon l'étude ‘'Perspectives du marché africain du photovoltaïque solaire 2026-2029'', l'Afrique connaît en réalité deux transitions solaires simultanées. La première repose sur des projets de grande taille, raccordés aux réseaux nationaux, majoritairement financés par des fonds publics et des institutions de développement. La seconde, plus récente mais tout aussi dynamique, est portée par le secteur privé à travers les installations sur les toits, les systèmes commerciaux et les solutions solaires distribuées.
Cette double dynamique explique l'ampleur de la croissance observée. En 2025, le continent a installé environ 4,5 gigawatts (GW) de nouvelle capacité solaire, avec une progression visible dans toutes les régions. Si les grandes centrales représentent encore 56% des capacités déclarées, la part du solaire distribué, estimée à 44%, reste largement sous-évaluée, car plus difficile à suivre statistiquement.
Un marché qui s'élargit au-delà des pionniers
L'un des faits marquants du rapport est la diversification géographique du solaire africain. Certes, les marchés établis conservent un rôle central. L'Afrique du Sud a installé à elle seule 1,6 GW en 2025, devant le Nigeria (803 MW), l'Égypte (500 MW) et l'Algérie (400 MW). Ensemble, les 10 premiers marchés concentrent encore près de 90% des nouvelles capacités.
Mais la dynamique s'étend désormais bien au-delà de ce noyau dur. Le Maroc (204 MW), la Zambie (139 MW), la Tunisie (120 MW), le Botswana (120 MW), le Ghana (92 MW) ou encore le Tchad (86 MW) ont chacun ajouté des volumes significatifs. En 2025, 8 pays africains ont dépassé le seuil des 100 mégawatts (MW) installés sur l'année, contre seulement 4 un an plus tôt. Un élargissement qui renforce la résilience du secteur à l'échelle continentale.
Le signal fort des importations
Les flux commerciaux confirment cette mutation. En 2025, l'Afrique a importé 18,2 GW de modules solaires. Or, les projections indiquent que les installations à grande échelle entre 2026 et 2027 atteindraient environ 14,3 GW. Ce décalage révèle qu'une part importante du solaire africain se développe en dehors des grands projets centralisés, via des systèmes distribués, commerciaux et en toiture, portés directement par la demande.
Pour les analystes, ce phénomène traduit une quête de fiabilité. Face aux coupures de courant et à la croissance rapide des besoins énergétiques, entreprises et ménages investissent dans des solutions solaires autonomes, souvent couplées au stockage.
Un financement encore mal aligné
Malgré cet essor, le financement reste le maillon faible. Environ 82% des financements de l'énergie propre en Afrique proviennent toujours de sources publiques ou de développement, largement conçues pour des projets à grande échelle. Or, le solaire distribué repose sur des besoins différents. Il exige des tickets d'investissement plus modestes, des durées de financement plus courtes et un accès au crédit en monnaie locale.
Certes, les investissements privés dans les énergies propres ont progressé, passant d'environ 17 milliards de dollars en 2019 à près de 40 milliards en 2024. Mais ils restent mal adaptés à la réalité du solaire décentralisé. Résultat, de nombreux projets pourtant viables se heurtent à des coûts de financement élevés ou à un accès limité aux capitaux.
Une décennie décisive
L'enjeu dépasse largement la performance de 2025. La demande énergétique africaine devrait être multipliée par 8 d'ici 2050, alors que le continent concentre près de 60% des meilleures ressources solaires mondiales. Selon le Conseil mondial de l'énergie solaire, l'Afrique pourrait installer plus de 33 GW de capacité solaire d'ici 2029, soit plus de 6 fois le niveau ajouté en 2025.
Mais cette trajectoire n'est pas acquise. La prochaine phase de croissance dépendra moins des annonces de capacité que de l'adaptation des cadres financiers, réglementaires et de planification à la réalité du marché. Sans réforme, le décalage actuel pourrait freiner le déploiement et renchérir les coûts.
À l'inverse, en alignant financements, données, réseaux et politiques publiques, l'énergie solaire pourrait devenir bien plus qu'une source d'électricité propre. Elle pourrait s'imposer comme un pilier de la productivité économique, de la résilience climatique et de la sécurité énergétique du continent.
Publié le 03/02/26 09:59
Dr Ange Ponou
SN
CEMAC