L'Afrique veut enfin résoudre l'un de ses paradoxes économiques les plus persistants, à savoir l'abondance de capitaux locaux face à l'asphyxie financière des petites et moyennes entreprises. Soutenue par le gouvernement britannique, FSD Africa déploie une ambitieuse stratégie destinée à mobiliser jusqu'à 400 millions de dollars en faveur des PME dans 5 économies africaines.
L'initiative pourrait marquer un tournant dans la structuration du financement des entreprises africaines, longtemps prisonnières d'un vide entre la microfinance et le crédit bancaire classique.
Un vaste programme régional lancé depuis Kigali
Le dispositif a officiellement démarré au Rwanda avec le lancement du Fonds de croissance des PME rwandaises, premier véhicule d'investissement de l'initiative baptisée ‘'Transactions catalytiques''.
Selon David Tetteh, directeur au sein de FSD Africa, cité par Bloomberg, des fonds similaires seront progressivement déployés au Ghana, au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie au cours des deux prochaines années.
L'objectif affiché consiste à orienter l'épargne institutionnelle africaine vers le financement productif des entreprises locales. Le montant mobilisé dans chaque pays dépendra principalement de deux variables : l'ampleur du déficit de financement des PME et la capacité des investisseurs institutionnels domestiques à engager des ressources.
Le Rwanda ouvre la voie avec un fonds de 100 millions USD
Au Rwanda, le modèle prend déjà forme. La Rwanda Social Security Board injectera une première enveloppe de 30 millions de dollars dans le futur fonds dédié aux PME locales.
Le gestionnaire d'actifs Enko Capital sera chargé de mobiliser des capitaux additionnels afin de porter la taille totale du véhicule à 100 millions de dollars, tout en assurant sa gestion opérationnelle.
Parallèlement, FSD Africa ambitionne de mobiliser jusqu'à 300 millions de dollars supplémentaires pour les futurs fonds prévus dans les quatre autres pays ciblés.
Le paradoxe africain des capitaux immobilisés
Le projet repose sur un constat largement partagé dans les milieux financiers africains : le continent souffre moins d'un manque de liquidités que d'une mauvaise allocation des capitaux.
Caisses de retraite, compagnies d'assurances et grands investisseurs institutionnels disposent de réserves financières considérables, mais ces ressources restent majoritairement orientées vers les obligations souveraines ou des actifs peu risqués, au détriment du financement direct de l'économie réelle.
‘'L'Afrique ne manque pas de capitaux ; elle manque des mécanismes permettant de les acheminer à grande échelle vers l'économie réelle'', souligne David Tetteh.
Le défi est d'autant plus stratégique que les PME constituent l'ossature des économies africaines. Elles représentent environ 90% des entreprises du continent, génèrent près de 60% des emplois et contribuent à plus de 60% du produit intérieur brut dans plusieurs pays africains. Pourtant, seules 20% d'entre elles disposent d'un accès effectif au financement.
Publié le 08/05/26 16:39
La Rédaction
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CEMAC