Le Nigeria perd chaque année près de 20 000 milliards de nairas, soit environ 13,3 milliards de dollars, (7 413,45 milliards FCFA), en raison de graves défaillances dans la gestion des recettes publiques. Cette alerte a été lancée par l'éminent juriste nigérian Olisa Agbakoba, qui appelle à une profonde réforme constitutionnelle, afin de mettre fin aux fuites fiscales et au détournement des revenus fédéraux.
Dans un document de politique générale publié ce 7 mai et relayé par des sources, cet ancien président de l'association du barreau nigérian dresse un constat sévère sur l'état du système fiscal et financier du pays, qu'il juge miné par une application insuffisante des dispositions constitutionnelles encadrant les finances publiques.
Selon lui, le Nigeria continue de subir des pertes massives de recettes qui devraient normalement alimenter le compte de la Fédération, principal mécanisme de centralisation des revenus publics du pays. Au centre de ses critiques figure l'article 162 de la constitution nigériane, qui impose que tous les revenus collectés par le gouvernement fédéral soient versés dans un compte unique destiné à la Fédération. Pour le juriste, cette disposition est largement ignorée dans la pratique. D'après lui, cette faiblesse dans l'application des règles permet des détournements massifs de fonds publics avant même leur versement officiel dans les caisses de l'État.
Olisa Agbakoba reconnaît néanmoins les avancées réalisées sous l'ancienne ministre des Finances Ngozi Okonjo-Iweala, notamment avec la mise en place du compte unique du Trésor (Treasury Single Account – TSA), destiné à centraliser les recettes publiques, afin d'améliorer la transparence financière. Mais selon lui, cette réforme demeure fragile car elle repose sur une simple directive exécutive et non sur un fondement constitutionnel solide. Pour l'avocat, cette absence de base constitutionnelle laisse persister d'importantes zones de fuite financière.
La NNPC dans le viseur
Le célèbre avocat a également ciblé la Nigerian National Petroleum Company Limited (NNPC Ltd), le géant pétrolier public nigérian, qu'il juge devenu trop puissant face à l'État lui-même. Il appelle à une restructuration profonde de l'entreprise, allant jusqu'à recommander son introduction en bourse. ‘'La société est en réalité moribonde. Le gouvernement devrait l'introduire en bourse et la transformer en société anonyme ", a-t-il déclaré''. Selon lui, la NNPC dispose aujourd'hui d'une influence qui dépasse celle des institutions publiques nigérianes.
Une réforme constitutionnelle réclamée
Face à cette situation, le juriste appelle à une réforme en profondeur du cadre légal nigérian. Il propose notamment un amendement constitutionnel imposant que toutes les recettes fédérales soient versées intégralement et sans déduction préalable dans le compte de la Fédération avant toute autorisation de dépense. ‘'Tous les revenus revenant à la Fédération doivent être versés en brut sur le compte de la Fédération'', a-t-il insisté.
Selon lui, aucune structure parallèle créée par simple décision exécutive ne devrait pouvoir contourner le mécanisme constitutionnel officiel. Pour Agbakoba, seule une application rigoureuse de ces règles permettra de stopper les fuites systémiques qui privent chaque année le Nigeria de ressources essentielles pour son développement.
Au-delà des questions fiscales, le juriste estime que la gouvernance économique devra devenir un thème central des prochaines élections générales prévues en 2027. Il accuse la classe politique nigériane d'entretenir une forme d'indifférence face à l'aggravation de la pauvreté et à la détérioration des infrastructures publiques. Olisa Agbakoba s'est notamment montré très critique envers la gestion du port d'Apapa, principal hub maritime du pays, qu'il a qualifié de ‘'techniquement mort'', malgré les importants emprunts publics mobilisés pour sa réhabilitation.
Publié le 08/05/26 16:52
Narcisse Angan
SN
CEMAC