Deux ans après la reprise de la distribution Caterpillar en Afrique de l'Ouest francophone par Jean-Luc Konan, Neemba Group accélère sa transformation. Historiquement positionné sur la distribution d'équipements lourds, le groupe développe désormais une offre intégrée combinant financement, services techniques et formation, avec l'ambition de devenir un acteur industriel de référence dans la région. Analyse d'une transformation en cours.
En novembre 2022, la concession Caterpillar détenue depuis plusieurs décennies par la famille Delmas en Afrique de l'Ouest francophone change de dimension. Rebaptisé Neemba Group, en référence au mont Nimba, point culminant de l'Afrique de l'Ouest, l'ensemble s'appuie sur un réseau solide : onze pays couverts, plus de 2 500 collaborateurs et plus de 90 ans de présence sous la bannière Caterpillar.
Depuis cette reprise, le groupe engage un repositionnement stratégique progressif. “L'objectif n'est plus seulement de distribuer des équipements, mais d'accompagner les acteurs industriels dans leurs projets, en combinant machines, services techniques, solutions de financement et formation”, mentionne Jean Luc Konan, CEO du groupe Neemba.
Un marché en pleine effervescence, mais financièrement sous-équipé
Le contexte régional joue en faveur de l'initiative. Le marché africain de la construction est estimé à 58 milliards de dollars en 2024 et devrait croître à un rythme de 5 % par an jusqu'en 2029, selon Mordor Intelligence. L'Agence internationale de l'énergie projette jusqu'à 50 milliards de dollars d'investissements dans les minéraux critiques sur le continent d'ici 2040. Mines, infrastructures, énergie, BTP : les secteurs où les équipements lourds sont indispensables sont précisément ceux qui concentrent aujourd'hui les flux d'investissement les plus dynamiques en Afrique de l'Ouest.
Le problème, bien connu, est que ces investissements peinent à se traduire en décisions d'achat d'équipements. En cause : le financement. Les PME africaines font face à un déficit de financement estimé à plus de 331 milliards de dollars par an et ne mobilisent qu'environ 20 % de leurs besoins réels. Les banques commerciales limitent leurs concours à long terme, forçant les entreprises à recourir à des crédits courts dont les mensualités élevées fragilisent leur trésorerie. Pour un industriel qui veut s'équiper de chargeuses ou de camions miniers, c'est souvent un casse-tête que les banques ne résolvent pas.
Dans ce contexte, Neemba développe une approche visant à structurer des solutions de financement adaptées aux cycles économiques de ses clients. Le groupe travaille ainsi avec des partenaires financiers pour proposer des solutions de crédit-bail ou de financement à terme alignées sur les réalités opérationnelles des entreprises.
‘'En Afrique de l'Ouest, les entreprises ne manquent pas de projets ni de compétences. Ce qui leur manque souvent, c'est la capacité à sécuriser, dans des délais raisonnables, le financement de leurs équipements. Notre rôle est de combler ce fossé'', déclare Denis Paput, Group Deputy CEO et COO du groupe, qui incarne au quotidien l'exécution de cette stratégie.
Au-delà de la vente : services, technologie et formation
La stratégie ne s'arrête pas au financement. Neemba a aussi engagé une montée en gamme sensible de son offre de services. En 2024, le groupe a signé un contrat d'exclusivité de cinq ans avec la société britannique FuelActive après six mois d'essais et plus de 100 000 points de données collectés sur des camions miniers Cat. Cette technologie de filtration de carburant améliore le rendement des flottes sur les sites miniers et réduit les coûts de maintenance, apprend-on. ‘'Petit à petit, Neemba construit un écosystème de services dont la valeur propre est indépendante du prix des machines elles-mêmes'', se félicite un des cadres du groupe.
La formation constitue le troisième pilier de ce repositionnement. À travers la Neemba Academy, le groupe forme des techniciens locaux en partenariat avec Caterpillar, réduisant la dépendance à l'expertise expatriée. Cette stratégie se concrétise notamment avec l'ouverture, le 9 avril à Yopougon (Abidjan), d'un nouveau centre régional de formation. Ce site, destiné à accueillir des formations techniques, opérationnelles et managériales, vise à accompagner la montée en compétences des équipes et à répondre aux besoins croissants des secteurs industriels, miniers et énergétiques en Afrique de l'Ouest.
Au-delà de la formation, le groupe cherche également à structurer les écosystèmes industriels dans lesquels il opère. En juin 2024, Neemba a ainsi co-organisé à Dakar le premier West African Mining Forum, qui a réuni une centaine de participants issus de douze nationalités autour des enjeux de l'industrie minière régionale. Une manière, aussi, de s'imposer comme interlocuteur incontournable dans un secteur où les décisions d'achat passent souvent par la confiance autant que par le prix.
‘'Nous ne vendons pas une machine. Nous finançons une capacité de production. La nuance est fondamentale, parce qu'elle change entièrement la manière dont nous construisons notre relation avec nos clients et avec leurs banquiers'', résume Denis Paput.
Une transformation progressive du rôle d'équipementier
À travers cette évolution, Neemba s'inscrit dans une transformation plus large du rôle des distributeurs d'équipements industriels en Afrique. Au-delà de la vente de machines, ces acteurs sont désormais appelés à proposer des solutions intégrées combinant financement, maintenance, formation et accompagnement opérationnel.
Dans une région marquée par l'accélération des investissements dans les mines, l'énergie, les infrastructures et le BTP, cette approche répond à un enjeu central : permettre aux projets industriels de passer plus rapidement de l'intention à l'exécution.
En structurant progressivement une offre intégrée, Neemba se positionne comme un partenaire opérationnel des grands projets industriels en Afrique de l'Ouest, dans un contexte où la capacité d'exécution devient un facteur clé de compétitivité.
Publié le 08/05/26 18:18
Communiqué
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