Les 23 et 24 juillet 2026, la capitale fédérale du Nigeria a accueilli la 7e session ordinaire de la Conférence des plénipotentiaires (CPL-2026) de l'Union africaine des télécommunications (UAT). À cette occasion, les ministres et chefs de délégation ont adopté la Déclaration ministérielle d'Abuja sur une connectivité utile pour l'Afrique. Si ce texte fixe une ambition commune pour accélérer la transformation numérique du continent, qu'apporte-t-il de nouveau dans l'architecture des politiques publiques ?
Jusqu'à présent, le déploiement d'Internet en Afrique s'est principalement mesuré à l'aune de la couverture réseau brute, qui atteint désormais entre 87 % et 90 % de la population selon les données 2024 de la GSMA. Cependant, la seule disponibilité du signal ne suffit plus. L'écart d'usage demeure considérable : environ 60 % à 63 % des habitants du continent, soit près de 700 millions à 1 milliard de personnes, vivent à portée d'un réseau haut débit mobile sans pour autant utiliser Internet. De nombreuses communautés restent ainsi exclues du monde numérique en raison du coût élevé des téléphones intelligents, de réglementations parfois rigides, mais surtout d'un manque criant de compétences numériques et de contenus adaptés au contexte local.
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Pour corriger ce déséquilibre, la Déclaration d'Abuja engage le continent dans une dynamique nouvelle axée sur une connectivité qualifiée d'"utile". En effet, le texte définit plusieurs axes stratégiques majeurs, à commencer par l'inclusion numérique et l'accès universel visant à réduire le fossé d'usage grâce à un Internet haut débit abordable et résilient. Il met également l'accent sur l'attractivité des investissements par l'instauration de cadres réglementaires neutres sur le plan technologique, incluant la gestion du spectre, les licences et la connectivité par satellite. Ainsi, il affirme la souveraineté numérique du continent à travers le développement de services locaux directement adaptés aux besoins réels des populations.
Cette ambition politique trouve une application concrète avec le lancement du projet ATLAS Umoja AI, une initiative panafricaine dédiée à l'intelligence artificielle en langues locales. Porté conjointement par les ministères de la Transformation numérique du Bénin, du Kenya, de la Namibie, du Nigeria et du Togo, le projet associe également des acteurs spécialisés tels qu'Awarri, Zindi, Pawa AI et Mozisha, dans la continuité de la Commission mondiale AI for Good. Par ailleurs, l'initiative illustre la volonté des États africains de ne plus se cantonner au rôle de simples consommateurs de technologies importées, mais de s'affirmer comme producteurs de solutions souveraines.
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Alors que l'Afrique compte plus de 2 000 langues, l'IA mondiale n'en traite aujourd'hui qu'une infime fraction. ATLAS Umoja AI vise précisément à fournir les éléments constitutifs qui font traditionnellement défaut à l'écosystème local. Cela passe d'abord par la constitution de jeux de données et de points de référence s'appuyant sur des critères d'évaluation élaborés avec des locuteurs natifs afin de mesurer la compréhension réelle des nuances linguistiques et culturelles. Le projet met ensuite à disposition des modèles ouverts s'appuyant sur des architectures multilingues et multimodales téléchargeables gratuitement sur Hugging Face pour être affinés localement. Enfin, il structure une véritable communauté d'acteurs réunissant développeurs, chercheurs et startups pour transformer ces ressources brutes en applications pratiques destinées à des domaines clés tels que la santé, l'éducation et les services publics.
Fonctionnant comme un cadre partagé, la plateforme permet à chaque pays d'avancer à son rythme. L'initiative est pilotée au niveau national par un ministère ou un institut de recherche, qui organise la collecte éthique des données orales et écrites auprès des communautés locales. Une fois entraîné, le modèle est publié sous licence libre, devenant un bien commun accessible à tous les développeurs.
En proposant des outils dans les langues parlées au quotidien, cette démarche s'attaque directement au déficit de culture numérique. C'est ce qui explique le soutien de la GSMA : l'association représentant les opérateurs mobiles mondiaux s'est jointe à ses partenaires pour appuyer le lancement d'ATLAS Umoja, tout en souscrivant aux orientations de la Déclaration d'Abuja. Cette synergie entre vision politique et projets technologiques ouverts jette ainsi les bases d'un avenir numérique plus inclusif et représentatif des réalités africaines.
Anselme Akéko
Publié le 28/07/26 13:00
La Rédaction
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