Après plusieurs années de préparation et de nombreux reports, le projet d'une agence de notation panafricaine entre dans sa phase décisive. En effet, l'Agence africaine de notation de crédit (AfCRA) ouvrira officiellement ses portes le 6 octobre prochain à Maurice, rapporte ce 30 juillet plusieurs sources internationales. Cela marque ainsi, l'aboutissement d'une initiative lancée depuis 2017 par les dirigeants africains, pour doter le continent d'un acteur capable d'apporter une lecture plus contextualisée du risque de crédit.
Voir aussi - Prévu en 2024, le lancement de l'agence de notation africaine reporté en 2025
L'AfCRA fonctionnera comme une institution indépendante, entièrement pilotée par le secteur privé sur initiative de l'Union africaine, sans participation des gouvernements africains à son capital. Cette gouvernance vise à garantir son autonomie analytique et à renforcer sa crédibilité auprès des investisseurs internationaux. L'agence fournira aussi bien des notations souveraines que des évaluations d'entreprises, de collectivités locales et de marchés obligataires en monnaie locale, des segments encore peu couverts par les agences internationales.
Répondre aux critiques sur les notations de l'Afrique
Le lancement de l'AfCRA intervient dans un contexte où les agences internationales de notation sont régulièrement critiquées par les gouvernements africains et les institutions régionales. Depuis plusieurs années, de nombreux responsables politiques estiment que les méthodologies utilisées par les grandes agences mondiales tendent à surestimer les risques associés aux économies africaines, entraînant une hausse des coûts de financement des États et limitant leur accès aux marchés internationaux des capitaux.
Selon une étude publiée en 2023 par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), les composantes subjectives des notations souveraines auraient coûté aux pays africains jusqu'à 74,5 milliards de dollars sous forme de coûts d'emprunt supplémentaires et d'opportunités de financement perdues. Face à ces critiques, Moody's et S&P Global ont toujours rejeté toute accusation de partialité, affirmant que leurs méthodologies sont appliquées de manière identique dans tous les pays.
Pour Misheck Mutize, expert principal au Mécanisme africain d'évaluation par les pairs (MAEP), l'objectif de l'AfCRA n'est pas d'attribuer des notes artificiellement plus favorables aux États africains. Selon lui, la mission de cette nouvelle agence consiste avant tout à améliorer la qualité, la précision et la pertinence contextuelle des évaluations de crédit grâce à une meilleure connaissance des réalités politiques, économiques et institutionnelles propres au continent. Il souligne que les préparatifs ont progressé plus rapidement que prévu après les récentes discussions tenues lors du Comité technique spécialisé de l'Union africaine. L'AfCRA entend ainsi offrir une source supplémentaire d'analyse indépendante, susceptible de compléter, plutôt que de remplacer, les notations des agences internationales.
Le calendrier de ce lancement coïncide avec une accélération des investissements des agences internationales sur le continent, preuve de l'intérêt croissant porté à l'expertise africaine. Quelques jours seulement avant l'annonce de l'AfCRA, S&P Global a conclu un accord pour acquérir une participation majoritaire dans Agusto & Co., une agence panafricaine présente au Nigeria, au Kenya, au Rwanda et au Ghana. De son côté, Moody's a progressivement renforcé sa présence en Afrique à travers les acquisitions de GCR Ratings, West Africa Rating Agency (WARA) et Middle East Ratings and Investors Service (MERIS) en Égypte. Pour Misheck Mutize, cette consolidation du secteur constitue une reconnaissance implicite de la nécessité de disposer d'une expertise locale plus approfondie pour analyser correctement les économies africaines.
Si son lancement représente une avancée historique, le véritable défi de l'AfCRA commencera après le 6 octobre. Son succès dépendra essentiellement de la confiance que lui accorderont les investisseurs institutionnels, les régulateurs, les banques de développement et les émetteurs souverains. Les notations de crédit jouent un rôle déterminant dans la fixation des taux d'intérêt des euro-obligations, l'accès aux marchés internationaux et les décisions d'investissement.
Publié le 30/07/26 14:49
Narcisse Angan
SN
CEMAC