Le Groupe de la Banque mondiale a validé, le 17 mars dernier à Washington, un financement global de 240 millions de dollars, soit 136 milliards FCFA, pour amorcer la première phase du programme WACA+ (Programme régional pour l'économie bleue et la résilience des zones côtières d'Afrique de l'Ouest), une initiative régionale ambitieuse qui entend conjuguer résilience climatique, valorisation des ressources marines et création d'emplois.
Cette enveloppe associe un appui de 207 millions de dollars de l'Association internationale de développement (IDA), 5 millions issus du fonds fiduciaire PROBLUE et 28 millions mobilisés auprès du secteur privé. Ce montage traduit une évolution stratégique des bailleurs internationaux, désormais orientés vers des dispositifs catalysant l'investissement privé dans des écosystèmes à fort potentiel.
Des littoraux sous pression mais au cœur de la croissance
Les zones côtières d'Afrique de l'Ouest concentrent des dynamiques économiques majeures. Elles abritent plus de 360 millions d'habitants et structurent des activités clés telles que la pêche, l'aquaculture, le tourisme ou encore les services portuaires. Pourtant, ces espaces sont aujourd'hui fragilisés par l'intensification de l'érosion, la montée des eaux et la dégradation des écosystèmes.
Face à ces vulnérabilités, WACA+ se positionne comme un levier d'intervention intégré. L'objectif est double : protéger les actifs économiques et naturels tout en stimulant des chaînes de valeur génératrices d'emplois durables. Plus de 530 000 personnes devraient voir leur exposition aux risques côtiers significativement réduite.
Bénin et Mauritanie en première ligne
La première phase du programme cible prioritairement le Bénin et la Mauritanie, deux pays particulièrement exposés aux aléas climatiques.
Au Bénin, les investissements porteront sur la stabilisation de l'estuaire de la Bouche du Roy et de l'embouchure du fleuve Mono. Ces infrastructures naturelles jouent un rôle critique dans la protection des habitations, des terres agricoles et des axes de transport.
En Mauritanie, l'enjeu est tout aussi stratégique. Le renforcement de la barrière dunaire protégeant Nouakchott vise à contenir les risques d'inondation qui pèsent sur des zones urbaines densément peuplées et sur des infrastructures économiques vitales.
Restaurer les écosystèmes pour relancer l'activité
Au-delà des infrastructures physiques, WACA+ mise sur une approche écologique à grande échelle. Jusqu'à 3 000 hectares de mangroves et de zones humides seront restaurés. Ce choix répond à une logique économique précise : ces écosystèmes constituent des amortisseurs naturels face aux chocs climatiques tout en soutenant la productivité halieutique.
Cette stratégie ouvre également des perspectives dans l'écotourisme et l'aquaculture, deux segments à forte valeur ajoutée. Elle s'inscrit dans une vision élargie de l'économie bleue, où la préservation du capital naturel devient un facteur direct de compétitivité.
Un pari assumé sur le secteur privé et l'emploi
L'un des axes structurants du programme réside dans l'appui aux micros, petites et moyennes entreprises. Formations, accompagnement technique et dispositifs financiers ciblés doivent permettre de renforcer les capacités entrepreneuriales locales.
En Mauritanie, la mise en place d'une garantie de crédit partielle devrait faciliter l'accès au financement et générer jusqu'à 20 millions de dollars de prêts supplémentaires, notamment dans la transformation des produits halieutiques.
À l'horizon 2031, plus de 31 000 personnes bénéficieront de programmes de renforcement des compétences. Dès cette première phase, environ 13 000 emplois mieux rémunérés sont attendus dans des secteurs aussi variés que la pêche, la logistique, l'hôtellerie ou la restauration écologique. Les femmes et les jeunes constituent des cibles prioritaires, traduisant une volonté d'inclusion sociale accrue.
Les prochaines phases devraient étendre le dispositif à d'autres pays de la région, avec un objectif de protection de plus de 1,3 million d'hectares d'espaces marins.
Publié le 23/03/26 10:47
La Rédaction
SN
CEMAC