La crise énergétique mondiale franchit un seuil critique. En effet, selon Saudi Aramco, plus grande entreprise pétrolière à l'échelle mondiale, la fermeture du détroit d'Ormuz provoque actuellement une perte de près de 100 millions de barils de pétrole par semaine sur les marchés mondiaux, dans un contexte de tensions géopolitiques explosives au Moyen-Orient.
Le directeur général du géant pétrolier saoudien, Amin Nasser, a décrit la situation comme ‘'le plus grand choc d'approvisionnement énergétique jamais connu par le monde'', conséquence directe de l'escalade militaire liée à la guerre opposant Israël, les États-Unis et l'Iran, rapporte Bloomberg. Il faut indiquer qu'en fin août dernier, Saudi Aramco a fait son entrée pour la première fois sur le marché ouest-africain par la Côte d'Ivoire, à travers la signature d'un contrat de livraison de dix cargaisons d'essence semi-finie avec la SIR, Société ivoirienne de raffinage.
Le détroit d'Ormuz constitue l'un des corridors énergétiques les plus stratégiques au monde. Chaque jour, une part considérable du pétrole mondial transite par cette voie maritime reliant le Golfe persique à l'océan Indien. Sa paralysie bouleverse désormais l'ensemble des chaînes d'approvisionnement énergétiques mondiales.
Le patron de Saudi Aramco avertit toutefois que les marges de sécurité s'amenuisent dangereusement. Les stocks mondiaux de pétrole, déjà fortement sollicités depuis le début du conflit, seraient désormais proches de seuils critiques. L'Agence internationale de l'énergie a déjà coordonné la libération de 400 millions de barils provenant des réserves stratégiques de ses États membres. Dans le même temps, la Chine, deuxième consommateur mondial de pétrole, aurait réduit discrètement ses importations de près de 25%, afin de limiter les tensions sur son marché intérieur. Malgré ces mesures, Amin Nasser estime que le marché physique demeure bien plus tendu que ne le reflètent les cours officiels affichés sur les marchés financiers.
Alors que le Brent évoluait autour de 105 dollars le baril début mai, plusieurs grands acteurs du secteur évoquent des prix réels nettement supérieurs pour certains importateurs. Le PDG de HSBC, Georges Elhedery, a récemment affirmé que le baril atteignait jusqu'à 286 dollars au Sri Lanka. D'autres analystes estiment que certains acheteurs asiatiques paient déjà autour de 150 dollars le baril. Cette situation alimente un phénomène de ‘'rationnement de la demande'' : plusieurs économies asiatiques réduisent leur consommation énergétique faute d'approvisionnement suffisant, tandis que les pays occidentaux absorbent encore la hausse des prix sans restriction majeure de consommation.
Les grandes banques internationales et les négociants pétroliers redoutent désormais un véritable point de bascule si le détroit d'Ormuz ne rouvre pas rapidement. Selon JPMorgan Chase, les stocks mondiaux pourraient atteindre dès juin ou juillet un seuil opérationnel minimal susceptible de provoquer un rationnement énergétique massif, notamment en dehors des États-Unis. Les marchés pétroliers restent d'ailleurs extrêmement nerveux. Les cours ont bondi de plus de 3% après les déclarations du président américain Donald Trump, qui a estimé que le cessez-le-feu avec l'Iran était désormais " en soins palliatifs ", alimentant les craintes d'une reprise des hostilités.
L'Arabie saoudite active ses routes alternatives
Dans cette crise, l'Arabie saoudite apparaît mieux préparée que plusieurs de ses voisins du Golfe. Contrairement au Koweït, à Bahreïn ou à l'Irak, fortement dépendants du détroit d'Ormuz, Riyad peut contourner partiellement la zone grâce à son oléoduc Est-Ouest reliant les champs pétroliers au port de Yanbu, sur la mer Rouge.
Amin Nasser a qualifié cette infrastructure de ‘'bouée de sauvetage essentielle''. L'oléoduc fonctionnerait actuellement à pleine capacité, soit environ cinq millions de barils par jour, tandis que le royaume exporte également près de 900 000 barils quotidiens de produits raffinés via la mer Rouge. Au-delà du choc pétrolier, cette crise révèle la fragilité persistante du système énergétique mondial face aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient. La fermeture prolongée du détroit d'Ormuz menace non seulement la stabilité des prix de l'énergie, mais aussi la croissance économique mondiale, les chaînes logistiques internationales et les équilibres budgétaires de nombreux États importateurs.
Publié le 13/05/26 10:25
Narcisse Angan
SN
CEMAC