En 2023, les transferts de fonds vers les pays à revenus faibles et intermédiaires ont dépassé les 650 milliards de dollars à l'échelle mondiale, surpassant pour la quatrième année consécutive les flux d'aide publique au développement. Sur ce total, l'Afrique subsaharienne a capté une part croissante, portée par des millions de ressortissants établis en Europe, en Amérique du Nord et dans les pays du Golfe, qui continuent d'envoyer régulièrement de l'argent à leurs familles restées au pays. Derrière cette tendance globale se cache une réalité bien plus contrastée selon les pays. Pour certaines économies africaines, ces envois sont devenus un pilier macroéconomique incontournable. Pour d'autres, ils demeurent marginaux.
Les données publiées par la Banque mondiale dressent un tableau saisissant. La Gambie arrive en tête du classement continental avec des transferts de fonds représentant 21,09% de son PIB. Le Lesotho suit à 20,95%, les Comores à 18,27%, la Somalie à 17,49% et le Libéria à 14,32%. Ces cinq pays forment un groupe à part, où la dépendance aux envois de la diaspora n'est plus marginale mais structurelle. Plus bas dans le classement, le Cabo Verde affiche 12,07%, le Sénégal 11,62% et le Nigeria 11,34%, ce dernier représentant en volume absolu l'un des flux les plus importants du continent compte tenu du poids démographique et économique du pays.
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Ce que ces chiffres traduisent sur le terrain est concret. L'argent de la diaspora finance des loyers, des consultations médicales, des frais de scolarité, des fonds de commerce. Il ne transite pas par les grandes institutions financières ni par les circuits de l'aide publique au développement. Il arrive directement dans les foyers et repart aussitôt dans l'économie locale. C'est précisément ce caractère direct et capillaire qui lui confère une efficacité que peu d'instruments de financement du développement peuvent revendiquer.
La Côte d'Ivoire et le Bénin parmi les moins dépendants du continent
À l'autre extrémité du spectre se trouvent des économies pour lesquelles les transferts diasporiques restent anecdotiques en proportion du PIB. L'Afrique du Sud n'enregistre que 0,21%, le Gabon 0,13% et l'Angola 0,06%. Mais ce que les données révèlent également, c'est que des pays d'Afrique de l'Ouest comme la Côte d'Ivoire et le Bénin figurent parmi les vingt pays du continent où cette dépendance est la plus faible, affichant respectivement 1,26% et 1,10% du PIB. Une position qui s'explique en partie par la diversification relative de leurs économies, leur tissu productif interne et, pour la Côte d'Ivoire, le poids de secteurs d'exportation comme le cacao et les matières premières qui assurent une base de revenus extérieurs indépendante des flux migratoires.
Fanuelle YAO
Publié le 05/03/26 17:19
La Rédaction
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