La Banque africaine de développement veut intervenir plus directement sur le coût élevé auquel de nombreux États africains accèdent aux marchés, considéré comme l'un des handicaps financiers persistants du continent. Son président, Sidi Ould Tah, a annoncé le 1er octobre à Londres le lancement prochain d'une initiative destinée à aider les pays à mieux préparer leurs notations de crédit. Le dispositif doit notamment agir sur la qualité des données transmises aux investisseurs et aux agences, ainsi que sur la transparence financière.
Pour le président de la BAD, une partie de la prime de risque appliquée aux économies africaines tient à la faiblesse des infrastructures d'information. " Ce qui manque en Afrique, ce sont les données et les infrastructures ", a-t-il souligné lors de la conférence de S&P consacrée aux marchés émergents. Selon lui, l'opacité de certains marchés nourrit une perception de risque plus élevée, laquelle se traduit ensuite par un renchérissement des conditions d'emprunt supportées par les États.
La question est d'autant plus sensible que, selon Sidi Ould Tah, seuls trois pays africains sur 54 disposent actuellement d'une notation de catégorie investissement. La grande majorité des souverains africains restent donc classés sous ce seuil par les principales agences internationales. Les dirigeants du continent contestent depuis plusieurs années le niveau des primes exigées sur leurs emprunts, tandis que Moody's, S&P et Fitch soutiennent appliquer à l'Afrique les mêmes méthodologies que dans les autres régions du monde.
L'initiative de la BAD doit ainsi passer par le Mécanisme africain d'appui juridique et aider les États à mieux préparer leurs dossiers de notation grâce à des données plus robustes et à une transparence accrue. Elle avancera parallèlement au Mécanisme africain d'évaluation par les pairs soutenu par l'Union africaine et prévoit également de lancer une agence de notation à l'échelle continentale. Cette nouvelle structure entend notamment contribuer au débat sur le niveau du risque attribué aux emprunteurs africains et sur son incidence sur leurs coûts de financement.
La BAD travaille également sur un second levier : accroître la mobilisation de capitaux directement en Afrique. Sidi Ould Tah a indiqué que l'institution avait engagé des discussions avec des fonds de pension, des banques et d'autres acteurs financiers afin d'identifier les obstacles au développement des marchés de capitaux locaux. L'enjeu identifié par la Banque continentale ne se limite donc plus à améliorer la notation des États : il s'agit également d'élargir leurs sources de financement et de réduire leur dépendance aux marchés internationaux, où une perception défavorable du risque peut rapidement se traduire par plusieurs points supplémentaires sur le coût de la dette.
Idrissa Diakité
Publié le 02/10/26 11:12
La Rédaction
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