Porté par la hausse des prix de l'or et du cacao, une gestion budgétaire plus rigoureuse et la stabilisation du cedi, le Ghana retrouve des couleurs. S&P Global Ratings relève la note souveraine du pays à “B-'' à long terme, un cran au dessus de la catégorie C (proche du défaut de paiement) avec des perspectives stables, saluant un redressement économique tangible après le défaut de paiement de 2022. Un signal fort de confiance, mais qui reste suspendu à la capacité d'Accra à maintenir la discipline budgétaire dans la durée.
Après trois années de turbulences financières, le Ghana retrouve progressivement la confiance des marchés. L'agence S&P a relevé le 7 novembre la note de crédit souverain du pays, désormais fixée à “B-/B” avec perspectives stables, saluant la nette amélioration des équilibres budgétaires et externes. Ce relèvement, qui met fin à plus de deux ans de notation spéculative très dégradée (“CCC+/C”), marque une étape majeure dans le redressement d'une économie qui sort tout juste d'une grave crise de la dette.
En 2025, le Ghana bénéficie d'un contexte macroéconomique beaucoup plus porteur. La stabilisation du cedi, dopée par la hausse des exportations d'or et de cacao, a permis de porter les réserves de change à près de 11 milliards de dollars, soit 9 % du PIB, contre 6,8 milliards fin 2024. L'inflation, qui dépassait encore 20 % début 2025, est retombée à 8 % en octobre, et devrait rester inférieure à 10 % dès 2026. Cette embellie reflète les effets conjugués de la reprise de la production agricole, du renforcement du contrôle budgétaire et de la stabilisation des prix mondiaux des matières premières.
Côté finances publiques, le gouvernement a retrouvé une rigueur longtemps absente. Après le défaut de paiement de décembre 2022, les autorités ont finalisé en 2024 l'échange de 13,1 milliards de dollars d'euro-obligations et poursuivent la restructuration de la dette restante. Sous la houlette du nouveau gouvernement élu en décembre 2024, Accra a instauré des règles budgétaires contraignantes : un excédent primaire annuel obligatoire de 1,5 % du PIB, un plafond de dette à 45 % du PIB d'ici 2034, et la création d'un conseil budgétaire indépendant chargé de surveiller les dérapages.
L'agence de notation salue également le retour de la discipline budgétaire, avec un déficit ramené sous les 4 % du PIB et une part des paiements du service de la dette réduite à 20 % des recettes publiques, contre près de 50 % au plus fort de la crise. Parallèlement, le pays a retrouvé une croissance solide, estimée à 6 % en 2025, portée par la reprise de la demande intérieure et la formalisation du secteur aurifère, désormais mieux encadré par le Ghana Gold Board.
Voir aussi - Ghana : L'Etat nationalise le commerce de l'or artisanal
Malgré ces signaux positifs, S&P reste prudente. L'agence rappelle que l'économie ghanéenne demeure vulnérable aux chocs extérieurs, en raison de sa dépendance aux exportations d'or et de cacao, ainsi qu'aux risques de relâchement budgétaire à l'approche des élections. Elle souligne également la fragilité persistante du système bancaire et les besoins de recapitalisation de la Banque du Ghana.
Voir aussi - Fitch relève la note du Ghana de ‘'défaut restreint'' à ‘'B-‘'
Cette amélioration de la note à “B-/B” avec perspectives stables reflète néanmoins un tournant. Après des années d'instabilité, le Ghana renoue avec la crédibilité financière et regagne progressivement la confiance des investisseurs internationaux. Si les réformes engagées se consolident et que la discipline budgétaire résiste à l'épreuve du cycle électoral, le pays pourrait retrouver, à moyen terme, un profil de crédit plus solide et durable.
Il faut souligner que cette évaluation vient en écho de celles de Ficth Ratings et Moody's qui ont toute relevé leurs notes, confirmant ainsi la bonne dynamique de l'économie attribuable en bonne partie aux reformes engagées avec le FMI.
Jean Mermoz Konandi
Publié le 10/11/25 12:49