C'est désormais officiel. Le gouvernement ivoirien a acté une réforme structurante du calendrier de commercialisation du cacao, dans l'espoir de fluidifier les ventes et de remettre en marche une machine grippée depuis plusieurs mois. La grande campagne s'ouvrira désormais le 1er septembre pour s'achever le 28 février, tandis que la petite campagne débutera le 1er mars et se terminera le 31 août, d'après une note gouvernementale publiée ce 27 février, citant le conseil du café-cacao, régulateur de la filière. Par le passé, la grande saison part du 1er octobre au 31 mars, et la petite traite du 1er avril au 31 septembre.
Une modification technique en apparence, mais lourde d'enjeux économiques et sociaux pour le premier producteur mondial de l'or brun. Cette réorganisation intervient après plusieurs mois de blocage partiel des achats. Multinationales et exportateurs locaux avaient réduit, voire suspendu leurs opérations, confrontés à des tensions de trésorerie, à la volatilité des cours internationaux et à l'accumulation de stocks.
En avançant officiellement la campagne intermédiaire au 1er mars, les autorités entendent relancer immédiatement les achats de fèves, accélérer l'écoulement des stocks et redonner de la visibilité aux opérateurs. L'objectif est de raccourcir le cycle entre récolte et commercialisation. Dans la nouvelle configuration, les planteurs devraient pouvoir céder leur production en quelques semaines, alors que nombre d'entre eux restaient sans débouché depuis des mois.
Voir aussi - Ghana : L'Etat annonce une baisse de 30% du prix d'achat du cacao
La réforme du calendrier apparaît comme une mesure pragmatique pour restaurer la confiance des acheteurs internationaux et redonner de la cadence à l'appareil productif et industriel. Ces derniers mois, la chute des cours mondiaux a profondément désorganisé la filière. Les ajustements successifs des prix et les difficultés de financement ont freiné les exportations, créant un engorgement logistique et financier. En réalignant les périodes de campagne sur la réalité des flux commerciaux, le gouvernement espère stabiliser le système et éviter que les tensions conjoncturelles ne se transforment en crise structurelle.
Un pilier économique sous pression
La filière cacao représente environ 1,2 million de producteurs et fait vivre près de 8 millions de personnes en Côte d'Ivoire. Elle constitue l'épine dorsale de l'économie rurale et un levier essentiel de stabilité sociale. À l'échelle mondiale, le cacao génère plus de 130 milliards de dollars de chiffre d'affaires annuel. Pourtant, les pays producteurs, dont la Côte d'Ivoire, ne captent qu'environ 6% de cette valeur, un déséquilibre structurel qui alimente depuis des années les débats sur le partage équitable des revenus dans la chaîne mondiale du chocolat. Dans ce contexte, chaque perturbation de la commercialisation se traduit immédiatement par des tensions sur les revenus agricoles et la consommation intérieure.
Voir aussi - Le cacao ivoirien menacé par un stock invendu de 200 000 tonnes
Soulignons que face à cet effondrement des cours mondiaux, le Ghana, deuxième producteur mondial de cacao, avait procédé depuis le 13 février dernier, à une réduction de près de 30% le prix payé aux producteurs pour le reste de la campagne 2025/2026.
Publié le 28/02/26 11:30
Narcisse Angan
SN
CEMAC