Le Ghana opère un virage stratégique majeur dans sa politique cacaoyère. En effet, confronté à l'effondrement des cours mondiaux et à une crise de liquidité persistante, le gouvernement a décidé de réduire de près de 30% le prix payé aux producteurs pour le reste de la campagne 2025/2026.
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Désormais fixé à 41 392 cedis, soit 3 759 dollars la tonne ou encore 2,07 millions FCFA/tonne, ce qui revient à environ 2 000 FCFA/kg contre 2 500 FCFA, à l'ouverture de la campagne en août 2025, le nouveau prix marque un alignement assumé sur les niveaux internationaux, tombés autour de 4 000 dollars la tonne, soit deux fois moins que le pic de 11 000 dollars atteint le 19 mai 2025. Le prix bord champ de la fève avait été fixé le 4 août 2025 lors du démarrage de campagne en cours à 51 660 cedis, soit environ 5 040 dollars la tonne (environ 2,5 millions FCFA/tonne).
Cette décision, annoncée par le ministre ghanéen en charge des Finances, Dr Cassiel Ato Forson, à l'issue d'une réunion d'urgence du conseil des ministres ce 12 février à Accra la capitale, vise à ‘'rétablir la compétitivité'' du cacao ghanéen, devenu trop cher pour les acheteurs internationaux. Pour les autorités, ce réalignement tarifaire est un mal nécessaire.
La réduction du prix constitue une rupture politique forte. Elle expose les producteurs à une baisse immédiate de revenus, mais pourrait relancer la demande internationale et résorber les stocks invendus. À court terme, la priorité reste le paiement des arriérés et la restauration de la liquidité du secteur.
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Le gouvernement a parallèlement ordonné au régulateur, COCOBOD, de procéder immédiatement au remboursement des arriérés dus aux agriculteurs. L'objectif est double : restaurer la confiance et relancer la commercialisation. Une coalition de producteurs s'est dit prête à accepter ces nouveaux prix, à condition que les paiements en souffrance soient apurés rapidement.
Nouveau modèle de financement : place aux obligations cacaoyères
Au-delà de l'ajustement des prix, Accra engage une réforme structurelle du financement du secteur. Le gouvernement introduit un modèle reposant sur des obligations cacaoyères nationales, émises localement et adossées aux recettes des ventes de la campagne en cours. Ce mécanisme vise à réduire la dépendance aux emprunts extérieurs, à stabiliser les flux de trésorerie et à sécuriser le paiement des producteurs. Une évolution stratégique dans un contexte de contraintes budgétaires accrues. Un projet de loi sera également présenté au Parlement afin de lier les prix à la production aux cours internationaux et de garantir aux planteurs un minimum de 70% du prix brut FOB. Par ailleurs, un audit a été ordonné sur la gestion de COCOBOD au cours des huit dernières années.
Cap sur la transformation locale
La réforme ne s'arrête pas au financement. Le Ghana entend accélérer la transformation locale de ses fèves. Actuellement comprise entre 30% et 40%, la part transformée sur place devrait dépasser 50% dès la campagne 2026/2027. Cette stratégie vise à capter davantage de valeur ajoutée, réduire la vulnérabilité aux fluctuations des prix des matières premières et renforcer l'industrialisation agroalimentaire du pays.
Publié le 13/02/26 10:28
Narcisse Angan
SN
CEMAC