Le Ghana, deuxième producteur mondial de cacao, traverse une zone de fortes turbulences. Face à la chute brutale des prix internationaux, le président de la République John Mahama a convoqué une réunion d'urgence du cabinet, afin d'''examiner toutes les questions touchant le secteur du cacao'', selon les informations de Bloomberg, citant le ministère ghanéen en charge des Communications gouvernementales. La crise actuelle trouve son origine dans l'effondrement des contrats à terme du cacao à New York, désormais inférieurs d'environ 30% au prix réglementé fixé par les autorités ghanéennes. Le Ghana Cocoa Board (Cocobod), le régulateur de la filière, payait cette année 58 000 cedis la tonne (environ 5 278 dollars), soit 2,9 millions FCFA, aux producteurs.
Or, avec des cours internationaux passés sous ce niveau garanti, le mécanisme de stabilisation se retrouve fragilisé. Résultat : le Ghana a suspendu ses achats de fèves, une décision lourde de conséquences pour la chaîne de valeur. À Londres, les contrats à terme ont récemment progressé de 1,3% pour atteindre 3 941 dollars la tonne, une première hausse en trois séances, mais insuffisante pour inverser la tendance baissière qui a déclenché la crise.
*150 000 tonnes en stock, 800 000 familles sous pression*
La suspension des achats laisse aujourd'hui environ 150 000 tonnes de cacao invendues entre les mains des producteurs. Sur un objectif de 650 000 tonnes pour la campagne 2025-2026, le Cocobod n'a acquis que 500 000 tonnes. Au-delà des chiffres, l'enjeu est social et macroéconomique. Le cacao figure parmi les trois principales sources de devises du Ghana. En 2023, il a généré 3,9 milliards de dollars de recettes, soit plus du double des prévisions initiales pour 2024. Surtout, la filière fait vivre plus de 800 000 ménages agricoles à travers le pays. Toute perturbation prolongée du système d'achat pourrait fragiliser la stabilité des revenus ruraux, déjà exposés aux aléas climatiques et aux tensions sur les intrants.
L'autorité de régulation est actuellement en discussions avec le ministère des Finances afin d'identifier des mesures d'urgence. Parmi les pistes évoquées figure la possibilité de subventionner les producteurs pour combler l'écart entre le prix garanti et les cours mondiaux. Mais une telle décision aurait un coût budgétaire significatif dans un contexte où le Ghana demeure engagé dans un processus de consolidation macroéconomique après plusieurs années de tensions sur la dette et la balance des paiements.
Le marché ghanéen du cacao repose sur un système strictement réglementé. Le Cocobod fixe le prix aux producteurs et rémunère les sociétés d'achat locales et internationales agréées pour les fèves livrées dans ses entrepôts portuaires. Ce modèle a longtemps permis de stabiliser les revenus des planteurs face à la volatilité des marchés internationaux. Mais l'ampleur de la chute actuelle des cours teste la robustesse du mécanisme. Cette réunion d'urgence du cabinet marque un tournant. Il s'agit désormais pour l'exécutif de concilier trois impératifs, à savoir préserver les revenus des producteurs, protéger les finances publiques et maintenir la compétitivité du cacao ghanéen sur les marchés mondiaux. L'issue des discussions gouvernementales sera donc scrutée de près, tant par les producteurs que par les marchés internationaux. Soulignons qu'au niveau de la Côte d'Ivoire, les autorités ont démarré une opération d'enlèvement du stock invendu auprès des producteurs estimé à 123 000 tonnes de cacao en débloquant 280 milliards FCFA.
Publié le 11/02/26 14:12
Narcisse Angan
SN
CEMAC