La République démocratique du Congo (RDC) ne compte pas lier son avenir minier à un seul partenaire. En marge de la conférence Mining Indaba organisée au Cap en Afrique du Sud, le ministre des Mines Louis Watum Kabamba a assuré que le cadre de coopération signé avec les États-Unis ne constitue ni une cession d'actifs ni un engagement exclusif. " Tout ce que nous avons fait avec les Etats-Unis est un cadre dans lequel nous allons discuter des questions d'intérêt mutuel. C'est tout ", a-t-il déclaré à Reuters.
Le responsable congolais a ajouté que cette coopération pourrait déboucher sur un projet d'envergure comme elle pourrait ne rien produire de concret. Dans tous les cas, a-t-il précisé, Kinshasa poursuivra les discussions avec d'autres partenaires. Le ministre a tenu à répondre aux critiques internes évoquant un possible bradage des ressources nationales. " Nous n'avons rien vendu. Et nous ne vendrons rien pour rien ", a-t-il insisté selon Reuters.
L'accord-cadre signé en décembre entre Kinshasa et Washington vise le développement d'une chaîne d'approvisionnement en minerais critiques utilisés dans les centres de données, la défense et les véhicules électriques. D'après des diplomates, dirigeants et analystes interrogés par Reuters à l'approche du Mining Indaba, la stratégie américaine repose moins sur une implantation massive d'opérateurs que sur des mécanismes commerciaux.
Les États-Unis privilégient des accords d'enlèvement de production assortis de financements soutenus par l'État. Des accords ont été conclus avec le négociant Mercuria, tandis que des arrangements ont été établis avec Gécamines. Ces dispositifs permettent de sécuriser des volumes de cuivre ou de cobalt en échange d'un appui financier, puis d'orienter ces flux vers des chaînes de valeur alignées sur les intérêts américains.
La RDC détient certaines des plus vastes réserves mondiales de cobalt, de cuivre et de lithium. Elle fournit plus de 70 pour cent de l'offre mondiale de cobalt et a produit environ 3,3 millions de tonnes de cuivre en 2024, selon les données citées par Reuters. Pourtant, d'après Louis Watum Kabamba, moins de 10 pour cent du potentiel minier national est aujourd'hui exploité.
Le pays accueille déjà de grands groupes occidentaux tels que Glencore et Ivanhoe Mines, ainsi que des acteurs chinois majeurs comme CMOC Group et Zijin Mining. Les entreprises chinoises contrôlent notamment des actifs stratégiques tels que Tenke Fungurume et Kamoa-Kakula, et orientent depuis plus d'une décennie une large part de la production vers la Chine pour raffinage.
Interrogé sur la compétition entre Pékin et Washington, Louis Watum Kabamba a indiqué que la RDC entend défendre ses propres priorités. " La rivalité entre la Chine et les États-Unis ne nous intéresse pas. Nous devons jouer notre propre jeu ", a-t-il affirmé, en évoquant la nécessité de nourrir la population et d'investir dans le capital humain.
Perton Biyiha
Publié le 11/02/26 14:35
La Rédaction
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