Face à la persistance des tensions sur le naira, la monnaie locale, et à l'écart croissant entre les taux officiels et parallèles, la Banque centrale du Nigeria (CBN) a décidé d'autoriser les Bureaux de change agréés (BDC) à accéder directement au marché officiel des devises. L'objectif vise à injecter de la liquidité sur le segment de détail, réduire les pénuries de dollars et resserrer l'écart entre les différents taux de change.
Dans une circulaire signée par Musa Nakorji, directeur du Département du commerce et des changes, relayée par Bloomberg, la CBN précise que chaque bureau de change pourra désormais acheter jusqu'à 150 000 dollars (82,6 millions FCFA) par semaine auprès de banques négociantes autorisées, aux taux du marché en vigueur.
Les BDC pourront ensuite revendre ces devises à leurs clients particuliers. Toutefois, le dispositif est strictement encadré tout dollar non utilisé devra être réinjecté sur le marché dans les 24 heures ; les opérateurs n'ont pas le droit de conserver des positions en devises ; les paiements en espèces sont plafonnés à 25% de chaque transaction, le reste devant être réglé par voie électronique ; les transactions avec des tiers sont interdites ; des obligations renforcées de vérification d'identité et de reporting électronique sont imposées. La banque centrale entend ainsi ‘'approfondir l'efficacité du marché et garantir un accès plus large aux devises étrangères dans l'ensemble de l'économie''.
Réduire l'écart entre marché officiel et marché parallèle
La décision intervient dans un contexte de volatilité persistante. Le naira s'est apprécié de 5,8% depuis le début de l'année, s'échangeant autour de 1 350 pour un dollar sur le marché officiel, soutenu par des entrées de capitaux. Mais sur le marché parallèle, où se concentre la demande des particuliers, la devise se négocie autour de 1 443 nairas pour un dollar, soit un écart de 6,4%, plus du double de celui observé en décembre. Cette divergence reflète une pénurie persistante de devises sur le segment de détail. Les précédentes ventes ponctuelles de dollars aux bureaux de change n'avaient pas permis d'endiguer durablement ces tensions, en raison d'un approvisionnement irrégulier.
La mesure s'inscrit dans le cadre des réformes engagées par le président Bola Tinubu depuis son arrivée au pouvoir en mai 2023. L'exécutif cherche à démanteler le système de taux de change multiples qui a longtemps caractérisé l'économie nigériane et à restaurer la confiance des investisseurs dans le premier producteur de pétrole d'Afrique. La libéralisation progressive du marché des changes vise également à améliorer la transparence des transactions ; réduire les distorsions de prix ; renforcer l'attractivité du pays pour les capitaux étrangers et soutenir les efforts de désendettement et d'investissement.
Pour Aminu Gwadabe, président de l'Association des opérateurs de bureaux de change du Nigeria, cité par Reuters, cette décision constitue ‘'une bonne chose pour le secteur'' et devrait ‘'dynamiser la liquidité du marché de détail, où la demande est forte''.
Publié le 11/02/26 15:41
Narcisse Angan
SN
CEMAC