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Le Nigeria prolonge d’un an l'interdiction d'exporter des noix de karité pour stimuler la transformation nationale

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Le Nigeria durcit sa stratégie de transformation locale. En effet, les autorités du pays ont décidé de prolonger d'un an l'interdiction d'exporter des noix de karité brutes, une mesure désormais en vigueur du 26 février 2026 au 25 février 2027. L'objectif vise à retenir davantage de valeur sur le territoire national et repositionner le pays sur les segments à forte valeur ajoutée de la filière. Cette décision prolonge un moratoire initial de 6 mois instaurée en août 2025. Elle s'inscrit dans l'agenda d'industrialisation du programme gouvernemental ‘'Renewed Hope'', qui vise à réduire la dépendance du pays aux exportations de matières premières non transformées.

Un géant producteur qui ne capte que 1% de la valeur mondiale

Le paradoxe nigérian est frappant. Premier producteur mondial, le pays représente près de 40% de l'offre globale de karité, avec une production annuelle estimée entre 350 000 et 500 000 tonnes. Pourtant, il ne capte qu'environ 1% d'un marché mondial évalué à 6,5 milliards de dollars. L'essentiel des exportations concerne encore des noix brutes, alors que le beurre de karité et ses dérivés, utilisés dans l'agroalimentaire, la cosmétique et la pharmacie, peuvent se vendre entre 10 et 20 fois plus cher. Le beurre de karité peut notamment remplacer le beurre de cacao, et son incorporation est autorisée par les autorités américaines dans les produits de boulangerie et les crèmes hydratantes.

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Dans le cadre de cette prolongation, Abuja a adopté un nouveau mécanisme d'exportation via la Bourse des matières premières du Nigeria (NCX). Toutes les exemptions autorisant l'expédition directe de noix brutes ont été supprimées. Désormais, tout excédent devra transiter exclusivement par ce dispositif, censé améliorer la traçabilité et la régulation du marché. Par ailleurs, le gouvernement prévoit d'activer un mécanisme de soutien financier via le dispositif NESS, afin de permettre au ministère de l'Industrie, du Commerce et de l'Investissement de financer des capacités de transformation supplémentaires.

L'enjeu est structurel : le déficit d'infrastructures industrielles, la fragmentation du secteur et le poids du commerce informel freinent la montée en gamme. La transformation est encore largement artisanale, assurée par de petits exploitants, principalement des femmes, dans les zones rurales du centre du pays.

Effets immédiats sur les prix et tensions dans la filière

L'impact du moratoire s'est déjà fait sentir. Depuis l'annonce initiale d'août 2025, les prix des noix ont chuté d'environ un tiers. À la fin de la saison des récoltes en décembre, elles s'échangeaient autour de 850 nairas (environ 0,63 dollar) le kilogramme, selon la plateforme nigériane AFEX.

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Cette baisse a fragilisé les collecteurs et les intermédiaires. L'Association nationale des produits du karité du Nigeria (NASPAN) avait sollicité un délai de grâce de 90 jours lors de la première suspension, invoquant des pertes de contrats et le retrait de certains opérateurs logistiques. Le gouvernement avait refusé, privilégiant un choc réglementaire rapide pour accélérer la restructuration du secteur. Dans certaines régions productrices, déjà affectées par l'insécurité liée aux attaques de groupes armés, la contraction des circuits commerciaux traditionnels accentue la vulnérabilité des communautés rurales.

Une dynamique régionale assumée

Le Nigeria n'est pas isolé. L'Afrique de l'Ouest, qui concentre l'essentiel de la production mondiale, a engagé un virage protectionniste coordonné. Le Burkina Faso a instauré un embargo en septembre 2024, suivi par le Mali en octobre. La Côte d'Ivoire et le Togo ont suspendu leurs exportations en 2025. Le Ghana a choisi une approche progressive, annonçant une interdiction graduelle des exportations de karité brut d'ici 2026. Cette convergence régionale vise à empêcher une fuite des volumes vers les pays voisins et à renforcer le pouvoir de négociation collectif face aux grands transformateurs internationaux, parmi lesquels Bunge Loders Croklaan BV, filiale de Bunge Global SA, ou encore le groupe suédois AAK AB, déjà implantés en Afrique de l'Ouest.

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À court terme, la restriction des exportations pèse sur les revenus des acteurs primaires et perturbe les flux commerciaux. À moyen terme, elle pourrait catalyser des investissements dans la transformation locale, à condition que les financements, l'énergie, la sécurité et la logistique suivent. La réussite de cette politique dépendra de la capacité du Nigeria à structurer une chaîne de valeur intégrée, compétitive et formalisée. Sans amélioration rapide des capacités industrielles, le pays risque de créer des distorsions de marché sans parvenir à capter significativement plus de valeur.

Publié le 28/02/26 18:46

Narcisse Angan

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