La guerre entre l'Iran et ses adversaires régionaux agit comme un révélateur brutal des fragilités énergétiques africaines. Alors que les tensions au Moyen-Orient perturbent les chaînes mondiales d'approvisionnement en carburants et en engrais, Aliko Dangote, première fortune du continent, entend transformer cette vulnérabilité en opportunité.
Lors d'un sommet organisé à Nairobi par Africa Finance Corporation, le milliardaire nigérian a annoncé son intention de piloter la construction d'une nouvelle raffinerie pétrolière en Tanzanie, avec l'ambition assumée de reproduire à l'identique le modèle industriel de son gigantesque complexe de Lagos.
‘'Nous veillerons à ce qu'elle soit construite dans 4 à 5 ans'', a déclaré Aliko Dangote, affichant une volonté claire d'accélérer l'intégration énergétique régionale.
Une raffinerie régionale pensée pour l'Afrique de l'Est
Le projet repose sur une logique transfrontalière particulièrement ambitieuse. L'infrastructure devrait être implantée à Tanga, ville portuaire stratégique du nord-est tanzanien, et reliée à Mombasa via un pipeline destiné à fluidifier les échanges de produits pétroliers dans la région.
Selon le président kényan William Ruto, cette future raffinerie sera alimentée par du brut provenant notamment de la République démocratique du Congo et du Soudan du Sud, deux producteurs africains encore faiblement intégrés aux chaînes de transformation régionales.
Le site de Tanga bénéficie déjà d'un avantage logistique majeur. Il constitue le point d'aboutissement de l'oléoduc de 1 443 km reliant la Tanzanie aux champs pétroliers d'Ouganda, renforçant ainsi sa pertinence industrielle.
Le modèle Dangote fait école
Cette annonce illustre surtout l'effet de démonstration provoqué par la raffienrie de Dangote au Nigeria.
Longtemps considéré comme un pari industriel risqué en raison de ses retards et de ses dépassements de coûts, le complexe nigérian est aujourd'hui devenu un symbole de souveraineté énergétique pour Abuja.
Son entrée en régime quasi complet a profondément modifié l'équation énergétique nigériane en réduisant les importations de carburants, un paradoxe historique pour l'un des principaux producteurs africains de brut.
Au cours des deux dernières décennies, les capacités africaines de raffinage ont reculé d'environ un tiers, accentuant la dépendance du continent aux raffineries du Moyen-Orient, d'Europe et d'Asie.
Publié le 23/04/26 17:04
La Rédaction
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CEMAC