Le Burkina Faso poursuit activement son ambition de transformation locale des produits agricoles. En effet, la Société industrielle de l'agroalimentaire pour la transformation des oléagineux (SIATOL) a franchi un nouveau cap dans son développement, le 27 février dernier, avec l'inauguration de son nouveau complexe industriel dans la zone de Kossodo, à Ouagadougou, la capitale, marquant une étape majeure dans la structuration de la filière soja au Burkina Faso.
D'un coût global estimé à près de 2 milliards FCFA, cette infrastructure modernisée ambitionne de renforcer la souveraineté alimentaire nationale en misant sur la transformation locale des oléagineux. La réalisation du complexe a bénéficié d'un accompagnement étatique, notamment à travers la mise à disposition d'un terrain de 3 520 m² en zone industrielle et l'agrément au code des investissements. Des dispositifs publics ont également soutenu le financement du projet. Côté partenaires privés, Ecobank Burkina Faso, Coris International et le fonds d'investissement Néré Capital ont joué un rôle déterminant.
Créée en 2010 et opérationnelle depuis 2011 avec des équipements de seconde main, SIATOL a connu des débuts modestes. Entre 2013 et 2017, l'entreprise est parvenue à transformer plus de 5 000 tonnes de soja, posant les bases d'un positionnement progressif sur le marché national.
Quinze ans plus tard, le changement d'échelle est manifeste. Le nouveau complexe affiche des capacités industrielles significatives : 40 tonnes de trituration de graines de soja par jour, soit environ 12 000 tonnes par an ; 10 tonnes de raffinage d'huile par jour, correspondant à 3 000 tonnes d'huile raffinée annuellement ; jusqu'à 100 tonnes d'aliments pour volailles et bétail par jour, soit près de 30 000 tonnes par an, avec un potentiel global pouvant atteindre 130 000 tonnes, selon les capacités installées. L'unité fonctionne actuellement à près de 70% de ses capacités, signe d'un démarrage déjà soutenu.
Valoriser le soja pour renforcer l'autonomie alimentaire
Pour le directeur général et promoteur, Marcel Ouédraogo, le choix du soja s'inscrit dans une vision stratégique claire : transformer localement une matière première à forte valeur nutritive, afin de créer de la valeur ajoutée sur l'ensemble de la chaîne. Le soja contient en moyenne 20% d'huile, riche en acides gras essentiels, en oméga 3 et 6, ainsi qu'en vitamine E, enrichie en vitamine A, lors du raffinage. Commercialisée sous la marque SIATOL, l'huile de soja ‘'100 % made in Burkina Faso'' est désormais présente dans les rayons des commerces et supermarchés du pays.
Le tourteau issu de la trituration constitue, quant à lui, un intrant clé pour la fabrication d'aliments complets destinés aux poules pondeuses, poulets de chair et au bétail. En intégrant également la production d'aliments à base de maïs, de son de blé et de compléments vitaminiques, SIATOL consolide son positionnement sur deux segments stratégiques : la consommation humaine et l'élevage.
Au-delà des performances industrielles, le projet affiche une dimension socio-économique significative. L'entreprise emploie 145 travailleurs permanents, en plus de nombreux saisonniers. Elle a contractualisé avec plus de 3 000 petits producteurs, notamment dans la province de la Sissili, sécurisant ainsi l'approvisionnement en soja tout en garantissant des débouchés stables aux agriculteurs. Son réseau de plus de 60 points de revente génère directement plus d'une centaine d'emplois supplémentaires, tandis que des milliers d'éleveurs à travers le pays utilisent quotidiennement ses aliments pour bétail et volaille.
Cap sur 50 milliards FCFA de chiffre d'affaires
Dans sa trajectoire de croissance, SIATOL affiche des ambitions claires : atteindre un chiffre d'affaires cumulé de 50 milliards de francs CFA sur les cinq prochaines années. À court terme, l'entreprise prévoit la construction, d'ici fin 2026, d'une deuxième unité de production d'aliments pour volailles et bétail d'une capacité de 200 tonnes par jour, ainsi que l'installation d'une nouvelle ligne de trituration de 40 tonnes par jour. Si ces investissements se concrétisent, SIATOL pourrait s'imposer comme une référence nationale, voire sous-régionale, dans la transformation des oléagineux.
Publié le 03/03/26 16:39
Narcisse Angan
SN
CEMAC