Le Programme intégré d'import-substitution agropastorale et halieutique (PIISAH), principal instrument de la politique camerounaise de réduction des importations alimentaires pour la période 2024-2026, n'a mobilisé que 110 milliards FCFA sur les 1 443 milliards prévus, soit moins de 8 % des ressources nécessaires, selon le rapport sur l'économie camerounaise en 2025.
Le document précise que 53 milliards FCFA avaient été alloués au titre du seul exercice 2025, dont 22,3 milliards pour la BC-PME (Banque camerounaise des petites et moyennes entreprises) et 19,9 milliards répartis entre l'IRAD (Institut de recherche agricole pour le développement), l'UNVDA (Upper Noun Valley Development Authority), la SODEPA (Société de développement et d'exploitation des productions animales) et la SEMRY (Société d'expansion et de modernisation de la riziculture de Yagoua). Si le taux d'ordonnancement atteint 94,14 %, l'exécution physique globale plafonne à 15,95 %.
Le PIISAH couvre sept filières prioritaires : riz, maïs, blé et farines locales, palmier à huile, mil-sorgho-soja, poisson et bovin-lait. Il vise notamment à sécuriser des espaces pour le secteur privé et à accroître la production locale afin de réduire de 40 % les importations des produits ciblés à l'horizon 2026.
Des obstacles à la mise en œuvre
Au-delà de l'insuffisance des financements, le rapport met en évidence plusieurs contraintes structurelles qui compromettent les résultats attendus du programme. Certaines sont pourtant liées à la nature même des filières ciblées et auraient dû être intégrées dès la conception du PIISAH. Selon le rapport, le palmier à huile, par exemple, nécessite environ sept ans avant la première récolte commerciale.
Le même document indique que L'élevage bovin obéit également à des cycles de production qui ne permettent pas d'obtenir des résultats significatifs sur une période aussi courte. Le Projet Plaine Centrale, notamment, n'était pas encore opérationnel au démarrage du PIISAH en 2024, alors qu'il doit contribuer à sécuriser d'importantes superficies destinées au développement des productions agricoles.
Sur les 22 milliards FCFA transférés à la BC-PME en 2025, seuls 10 milliards avaient effectivement été mis à la disposition des bénéficiaires à fin mars 2026. Le rapport relève par ailleurs des difficultés de trésorerie ayant ralenti les mandatements et la mise à disposition effective des crédits.
Les insuffisances dans la mise en œuvre du programme se reflètent également dans l'évolution des importations. Le rapport relève l'application insuffisante des quotas d'importation, des droits de douane différenciés et de l'obligation d'incorporation des farines locales. Dans ce contexte, les importations des produits ciblés par le PIISAH ont atteint 848,3 milliards FCFA en 2025, en hausse de 15 % sur un an. Le bilan commercial demeure néanmoins légèrement favorable, les réductions d'importations ayant permis de diminuer de 3,5 % le déficit agropastoral et de 1,2 % le déficit commercial global, une inflexion jugée encore faible.
Toutefois, dans ces conditions, le rapport reconnait que l'objectif d'une réduction de 40 % des importations projeté fin 2026 apparaît hors de portée dans le triennat initial. Le rapport recommande une prorogation du PIISAH sur 2027-2030, avec des objectifs révisés selon les cycles de production, une garantie de ressources annuelles décaissées, l'élargissement du financement aux banques locales au-delà de la BC-PME, le soutien direct aux promoteurs matures, l'application effective des quotas et droits de douane, et le renforcement des capacités des administrations sectorielles.
Des avancées encore insuffisantes
Malgré ces difficultés, plusieurs réalisations sont enregistrées. Quelque 350 464 hectares ont été sécurisés via le Projet Plaine Centrale, dont la première phase porte sur 400 000 hectares, extensible à 1,2 million d'hectares, et 9 018 hectares de périmètres hydroagricoles ont été aménagés contre 4 428 hectares rizicoles réhabilités dans la plaine du Logone. L'IRAD a produit 670 tonnes de semences certifiées, soit 96 % de la cible, et les projets Viva-Bénoué et Viva-Logone ont réceptionné tracteurs, moissonneuses et motoculteurs.
À Nélop, la rizerie de l'UNVDA, capable de 10 tonnes de riz blanchi par heure, affiche 80 % d'exécution et doit démarrer au second semestre 2026. S'y ajoutent 13 000 tonnes de farines panifiables, 452 tonnes de semences diverses, 2 millions de tonnes d'engrais et 21 centres d'insémination artificielle en construction, la formation passant de 80 bénéficiaires en 2024 à 580 en 2025, et 155 PME accompagnées dans la mise aux normes.
Pour le ministère de l'Économie, l'objectif de la Stratégie nationale de développement 2020-2030, ramener le déficit commercial de 8,8 % du PIB en 2018 à 3 % en 2030, reste atteignable, à condition d'intensifier les efforts et d'améliorer l'exécution des programmes.
Claude Paul Tjeg
Publié le 26/08/26 10:51
La Rédaction
SN
CEMAC