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Cameroun : Après la nationalisation, l’électricien ENEO devient SOCADEL

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Par décret signé le 4 mai 2026, le président Paul Biya transforme " Energy of Cameroon " en société à capital public et rebaptise l'entreprise " Société camerounaise d'électricité " (SOCADEL). Cette décision intervient quelques mois après le rachat des parts du fonds britannique Actis, dans une opération évaluée à 78 milliards de FCFA, portant la participation de l'État à 95 % du capital.

L'État se réserve toutefois la possibilité d'ouvrir ultérieurement ce capital à d'autres investisseurs. Le décret précise en effet que l'actionnariat " peut être ouvert à d'autres entités publiques ou privées ", les modalités devant être fixées par les statuts, eux-mêmes approuvés le même jour par un autre décret présidentiel. Ces statuts établissent le capital social de la SOCADEL à 43 903 690 000 FCFA (43,9 milliards de FCFA). Ils indiquent également qu'au 17 février 2026, l'État du Cameroun a racheté la totalité des actions détenues par Cameroon Power Holdings S.A. dans ENEO, consolidant ainsi son contrôle tout en maintenant la perspective d'une ouverture future du capital.

Une entreprise publique sous double tutelle

SOCADEL hérite de la personnalité juridique et de l'autonomie financière de son prédécesseur. Elle conserve l'ensemble des actifs d'ENEO, tandis que les biens publics intégrés dans son périmètre " conservent leur statut ". La convention de concession liant l'opérateur à l'État est transférée à la nouvelle entité, avec des ajustements annoncés.

Dans ce cadre, l'entreprise est habilitée à exercer " toutes activités liées directement ou indirectement à la production, à la distribution, à l'importation, à l'exportation, à l'achat, à la vente et à l'utilisation de l'énergie électrique ". Elle peut également mener des opérations financières ou industrielles connexes, ainsi que prendre des participations dans d'autres entités.

Les ressources de l'entreprise reposeront sur la vente d'électricité, les taxes parafiscales, les financements publics, ainsi que d'autres apports, y compris des dons et legs. Le décret précise que ces ressources constituent des deniers publics, bien que leur gestion relève des règles applicables aux entreprises publiques.

Cette recomposition intervient dans un contexte particulièrement contraint. En 2025-2026, le secteur électrique camerounais repose sur une capacité installée d'environ 2 000 MW, dominée à plus de 70 % par l'hydroélectricité. Le parc compte environ 44 centrales, combinant grands barrages (Songloulou, Edéa, Memve'ele, Nachtigal) et centrales thermiques d'appoint, ces dernières représentant près d'un tiers des capacités.

Des enjeux financiers structurels persistants

Malgré cette montée en puissance, notamment avec l'entrée en service de Nachtigal, l'équilibre financier du secteur demeure structurellement fragile. Avant la nationalisation, les revenus mensuels d'ENEO s'établissaient autour de 30 milliards de FCFA, pour des engagements avoisinant 50 milliards de FCFA, soit un déficit mensuel d'environ 20 milliards de FCFA. Cette situation s'explique en partie par un système tarifaire gelé depuis 2012, avec des prix de vente — compris par exemple entre 50 et 99 FCFA/kWh pour les ménages — inférieurs aux coûts réels.

L'écart est compensé par l'État à travers la compensation tarifaire, estimée entre 70 et 100 milliards de FCFA en 2025. Parallèlement, le secteur reste fortement endetté. Après la reprise d'ENEO par l'État en 2025 (rachat de 51 % pour 78 milliards de FCFA), l'entreprise traîne environ 800 milliards de FCFA de dettes, incluant les engagements envers les banques, les fournisseurs et les producteurs indépendants.

À ces contraintes s'ajoutent des tensions de trésorerie liées aux impayés publics. En 2024, environ 59 milliards de FCFA de créances sur l'État et ses démembrements n'avaient pas été recouvrés. Début 2026, les factures impayées de l'État et d'ENEO envers Nachtigal Hydro Power Company approchaient 70 milliards de FCFA. Pour contenir ces risques, l'État a mis en place un mécanisme de garantie financière revolving de 100 milliards de FCFA auprès des banques locales afin de sécuriser les paiements.

Enfin, les pertes liées à la fraude électrique sont estimées à plus de 60 milliards de FCFA par an. Face à cette situation, une opération nationale de lutte contre les branchements illégaux et la falsification des compteurs a été lancée en mars 2026. Dans le même temps, le gouvernement a engagé un plan de restructuration de la dette à l'horizon 2026, tout en cherchant à améliorer le recouvrement des factures publiques et à réformer la politique tarifaire.

Perton Biyiha

Publié le 05/05/26 13:14

La Rédaction

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