Après plus d'une décennie d'attente et plusieurs tentatives avortées, le Cameroun s'apprête enfin à lancer son quatrième Recensement général de la population et de l'habitat (RGPH). La campagne nationale de dénombrement se déroulera du 24 avril au 29 mai 2026 sur l'ensemble du territoire.
La période a été fixée par un arrêté signé le 6 mars 2026 par le Premier ministre Joseph Dion Ngute. Le texte précise que ces opérations seront menées simultanément avec le module de base du Recensement général de l'agriculture et de l'élevage (RGAE), dans le cadre d'une collecte de données mutualisée.
Cette décision met fin à une longue attente. Le quatrième recensement de la population a été institué par décret présidentiel en septembre 2015, mais sa mise en œuvre a été repoussée à plusieurs reprises. Pendant ce temps, le pays continue de s'appuyer sur des estimations démographiques établies à partir du dernier recensement réalisé en 2005.
Les résultats de cette opération, faisaient état d'une population d'environ 20 millions d'habitants. Depuis, l'évolution démographique du Cameroun est évaluée à partir de projections statistiques. Pour les autorités économiques, cette situation complique la planification des politiques publiques, faute de données actualisées sur la structure des ménages, la répartition territoriale de la population ou encore les dynamiques migratoires internes.
Les données issues du nouveau recensement doivent servir à orienter la programmation budgétaire, la localisation des infrastructures publiques ou encore la définition des politiques sociales. Dans un contexte de forte croissance urbaine, les autorités cherchent notamment à mieux dimensionner les investissements dans les écoles, les centres de santé, les réseaux d'eau ou les infrastructures routières.
Le recensement couplé à l'agriculture et à l'élevage vise également à combler le déficit d'informations sur le secteur rural. Selon des responsables du ministère de l'Économie, de la Planification et de l'Aménagement du territoire (Minepat), les données collectées permettront d'établir un inventaire détaillé des exploitations agricoles, des superficies cultivées et du cheptel. Ces informations doivent alimenter la mise en place d'un système permanent de statistiques agropastorales destiné à suivre l'évolution de la production, des revenus des ménages ruraux et de la sécurité alimentaire.
La mutualisation des deux recensements répond aussi à des contraintes budgétaires. Les autorités ont décidé de regrouper les opérations de collecte afin de réduire les coûts logistiques et de traitement des données, qui représentent une part importante du budget global de l'opération.
Le coût du projet a d'ailleurs été révisé à la baisse. Lors d'une réunion interministérielle tenue à Yaoundé en août 2025 sous la présidence du Premier ministre, le ministre délégué chargé de la Planification, Paul Tasong, a indiqué que les besoins financiers pour les opérations de dénombrement s'élevaient à un peu plus de 13,28 milliards de FCFA.
Selon ce responsable gouvernemental, une partie importante de ce financement provient du Projet régional d'harmonisation des informations statistiques en Afrique de l'Ouest et en Afrique centrale, soutenu par la Banque mondiale, qui mobilise plus de 7 milliards de FCFA pour l'opération camerounaise. Le solde, soit plus de 6,26 milliards de FCFA, est pris en charge par le budget de l'État.
D'après les autorités, les sources de financement ont été identifiées et les procédures de décaissement enclenchées afin de permettre le démarrage des opérations de terrain dans les délais fixés.
Perton Biyiha
Publié le 14/03/26 12:57
La Rédaction
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CEMAC