Le gouvernement camerounais a décidé de soumettre le projet de barrage hydroélectrique de Kikot-Mbebe à un audit financier, alors que le coût de cette infrastructure de 500 MW a presque doublé par rapport aux premières estimations. L'annonce a été faite par le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, à l'issue d'une mission à Paris, au cours de laquelle il a rencontré les responsables d'EDF, partenaire du projet.
Le coût provisoire de Kikot-Mbebe est désormais évalué à au moins 1 620 milliards de FCFA, contre une première estimation d'environ 650 milliards de FCFA. À titre de comparaison, le barrage de Nachtigal, dont la puissance installée est inférieure de seulement 20 % à celle de Kikot-Mbebe, a été réalisé pour un coût sensiblement inférieur.
Pour expliquer cette hausse, Louis Paul Motaze évoque plusieurs facteurs ayant renchéri les investissements. " Nous avons demandé un audit de ce projet, car ils ont reconnu qu'entre Nachtigal et Kikot, le coût semble passer du simple au double. Mais des explications ont été données : la Covid-19, la guerre russo-ukrainienne et, désormais, le conflit au Moyen-Orient ont alourdi les différents coûts ", a-t-il expliqué.
Au-delà des interrogations sur l'évolution du budget, l'audit vise également à restaurer la confiance entre les différents acteurs du projet. Selon le ministre des Finances, des divergences sont apparues au sein de la Kikot-Mbebe Hydro Power Company (KHPC), la société de projet détenue à parts égales par l'État du Cameroun et EDF.
" Il ne s'agit pas de faire un procès d'intention, mais de réaliser un audit afin que tout le monde sache où l'on va et à quel rythme. Je leur ai donné un certain nombre d'assurances et souhaité que la confiance règne davantage. En tant que ministre des Finances, lorsque je lis les différents rapports du conseil d'administration, je sens que cela tangue quelque peu entre le conseil et la direction générale. On ne peut pas se lancer dans un projet d'une telle importance, attendu par le chef de l'État, si les relations entre les partenaires ne sont pas sereines ", a déclaré Louis Paul Motaze.
Cette décision fait écho à une recommandation formulée dès septembre 2025 par le président du conseil d'administration de la KHPC, Ahmad Tom. À l'issue de la 14ᵉ session du conseil d'administration, tenue à Paris, celui-ci avait attiré l'attention du ministre de l'Eau et de l'Énergie sur plusieurs risques liés au coût, au calendrier, aux choix techniques et à la gouvernance du projet, selon le média Investir au Cameroun.
Le précédent Nachtigal pèse sur les discussions
Au-delà de l'audit, un autre dossier continue de peser sur les négociations autour de Kikot-Mbebe : celui de Nachtigal. Mis en service dans sa totalité en mai 2025, ce barrage de 420 MW, également développé avec EDF, est confronté à d'importantes difficultés financières qui fragilisent les relations entre l'État camerounais et ses partenaires privés.
" S'ils ont souhaité me rencontrer, c'est bien parce que, si je puis dire, il y a un peu d'eau dans le gaz. Quelques difficultés sont apparues avec Nachtigal. C'est un projet réalisé en partenariat public-privé, avec plusieurs investisseurs privés qui ont engagé leurs fonds et qui attendent que l'électricité produite soit effectivement payée afin que le projet puisse rembourser ses emprunts. Or, avec les difficultés rencontrées par Eneo, de nombreux problèmes sont apparus. Eneo s'est retrouvé dans l'incapacité de régler ses factures à Nachtigal. C'est donc l'État, à travers le Trésor public, qui est appelé à prendre le relais. Ce n'était pas prévu et cela pose un problème, car l'État ne dispose pas toujours, au moment voulu, des ressources nécessaires pour faire face à des dépenses qui n'étaient pas inscrites dans sa programmation budgétaire ", a expliqué Louis Paul Motaze.
Le ministre poursuit : " Cette situation crée un certain malaise, d'autant plus que les investisseurs qui ont accepté de participer au projet Nachtigal sont, pour la plupart, les mêmes que ceux pressentis pour le projet Kikot. Vous comprenez qu'ils sont prêts à avancer, mais à condition d'avoir la certitude que tout se déroule correctement avec Nachtigal. Il fallait donc que je leur apporte un certain nombre d'assurances à ce sujet. "
Ces préoccupations sont loin d'être théoriques. Au début de l'année 2026, les arriérés croisés entre la Société camerounaise d'électricité (Socadel), qui a succédé à Eneo, et la Nachtigal Hydro Power Company (NHPC) avoisinaient 70 milliards de FCFA. Dans le cadre du contrat d'achat d'électricité, Socadel devait verser environ 10 milliards de FCFA par mois au producteur. Il s'agit d'un contrat de type take-or-pay, qui oblige l'acheteur à payer les volumes d'électricité prévus contractuellement, même lorsque ceux-ci ne sont pas entièrement consommés ou évacués sur le réseau.
Pour mémoire, le futur barrage de Kikot-Mbebe comprendra un ouvrage d'environ 1 200 mètres sur la Sanaga ainsi qu'une ligne de transport de 400 kV, longue de 40 kilomètres, destinée à raccorder le site au réseau électrique national au niveau de Boumnyebel.
Perton Biyiha
Perton Biyiha
Publié le 29/06/26 16:47
La Rédaction
SN
CEMAC