La Société nationale de raffinage (Sonara) s'apprête à nouer un partenariat commercial avec Dangote Petroleum Refinery and Petrochemicals FZE et MRS Holdings Limited. Dans un communiqué publié le 28 octobre, l'entreprise camerounaise présente cette initiative comme l'expression d'une " volonté commune de renforcer la coopération entre les acteurs du secteur pétrolier et de contribuer à la sécurisation de l'approvisionnement du marché national ".
Si les modalités précises de cet accord, dont la signature est annoncée pour le 29 octobre, restent à dévoiler, les activités respectives des trois entreprises permettent déjà d'entrevoir les contours de cette coopération.
Dotée d'importantes capacités industrielles de raffinage, Dangote pourrait assurer la fourniture des produits pétroliers. MRS Holdings, qui intervient dans le négoce, le stockage, le transport et la distribution des hydrocarbures, pourrait, de son côté, contribuer à leur acheminement vers le Cameroun.
Le groupe revendique une flotte de plus de 5 000 camions dédiés, deux terminaux en propriété et 14 autres exploités en partenariat en Afrique de l'Ouest. Il dispose également de moyens de transport maritime. Ces infrastructures et équipements constituent des atouts potentiels pour organiser les livraisons, sous réserve de leur mobilisation effective dans le cadre du partenariat.
La Sonara pourrait, quant à elle, assurer l'achat des produits destinés au marché camerounais, leur réception et leur intégration dans les circuits nationaux de distribution. Cette répartition des rôles reste toutefois hypothétique à ce stade. Les responsabilités respectives des trois partenaires, les volumes concernés, les modalités de transport ainsi que les conditions commerciales et de livraison devront être précisés par l'accord.
Dangote, une alternative aux circuits d'approvisionnement traditionnels
Ce rapprochement entre la Sonara et Dangote s'inscrit dans une démarche engagée depuis plusieurs mois. Du 20 au 23 janvier 2026, une délégation camerounaise conduite par le directeur général de la Sonara, El Hadj Bako Harouna, s'était rendue à Lagos pour rencontrer les responsables de la raffinerie nigériane.
Les échanges portaient déjà sur les possibilités d'approvisionnement du marché camerounais en produits pétroliers raffinés. Quelques jours plus tard, la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP) avait également effectué une visite auprès de l'entreprise nigériane, dans le cadre de démarches poursuivant le même objectif.
Cette volonté de diversifier les sources d'approvisionnement rejoint les recommandations de la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC). Dans sa note sur l'évolution de l'inflation à fin juin 2026, publiée en octobre, l'institution préconise aux pays de la CEMAC de diversifier leurs fournisseurs afin d'atténuer les répercussions de la hausse des coûts de raffinage sur les marchés internationaux.
Elle cite notamment la raffinerie Dangote parmi les solutions envisageables. Cette orientation vise à limiter les pressions sur les coûts d'importation des produits raffinés, dans un contexte marqué par le renchérissement des hydrocarbures et l'augmentation des frais logistiques.
La proximité géographique du complexe industriel nigérian avec l'Afrique centrale constitue, à cet égard, un avantage potentiel. En rapprochant une partie de ses sources d'approvisionnement, le Cameroun pourrait réduire sa dépendance à l'égard de certains circuits internationaux plus longs et limiter son exposition aux contraintes logistiques qui leur sont associées. Les gains éventuels dépendront néanmoins des prix négociés, des coûts de transport et des conditions contractuelles retenues.
À l'échelle régionale, le Cameroun prend ainsi une longueur d'avance sur ses voisins dans la course aux approvisionnements auprès de Dangote. Alors que la RDC avait engagé des discussions avec le groupe nigérian en avril 2026 pour importer directement des produits raffinés, et que la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC), la compagnie pétrolière publique de la République du Congo, avait ouvert des négociations en juin pour renforcer les livraisons à la République du Congo, ces démarches n'ont pas encore abouti. Avec son accord sur le point d'être bouclé, le Cameroun pourrait ainsi prendre une longueur d'avance dans la sécurisation de ses approvisionnements auprès du raffineur nigérian.
Claude Paul Tjeg
Publié le 28/10/26 23:33
La Rédaction
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CEMAC