Dans la circulaire du 12 octobre 2026 relative à la préparation du budget de l'État pour 2027, le président de la République, Paul Biya, demande que " les conventions présentant des retards importants d'exécution ou des difficultés persistantes de mise en œuvre fassent l'objet d'évaluations périodiques en vue de leur restructuration, de leur renégociation ou, le cas échéant, de leur annulation ". Il prescrit également " la rationalisation et la clôture définitive des projets et programmes dont la pertinence et la performance ne sont pas avérées ".
Le chef de l'État ne précise toutefois pas les projets susceptibles de faire l'objet de ces mesures. Plusieurs opérations financées par les partenaires internationaux présentent néanmoins des difficultés d'exécution qui éclairent la portée de cette orientation présidentielle.
Lors de la revue conjointe du portefeuille de la Banque africaine de développement (BAD), organisée à Yaoundé le 14 juillet 2026, sept opérations représentant environ 292 milliards de FCFA ont ainsi été identifiées comme susceptibles d'être annulées. Six dossiers étaient concernés par l'absence de signature des accords de financement dans les délais requis. Pour le septième, l'accord était déjà signé, mais aucun décaissement n'avait été enregistré depuis plus de quinze mois.
Parmi les opérations exposées figurait le programme de désenclavement et de connectivité des bassins économiques transfrontaliers, qui comprend notamment la route Ngoura-Yokadouma. Les financements associés à ce programme représentaient environ 207 milliards de FCFA. Le projet PARZIK 2, consacré à l'aménagement des routes desservant la zone industrielle et portuaire de Kribi, était également concerné, pour un montant d'environ 26,5 milliards de FCFA.
Les difficultés ne se limitent pas au portefeuille de la BAD. Au 30 juin 2026, les 21 projets recensés dans le portefeuille de la Banque mondiale affichaient un taux global de décaissement de 18,7 %, selon les données reprises en juillet. Ce taux s'établissait à 20,3 % pour les projets nationaux et à 17,2 % pour les opérations régionales. Ces niveaux de décaissement illustrent les contraintes auxquelles se heurte la mobilisation effective des financements extérieurs.
Des projets en difficulté face à des ressources limitées
Le constat est également préoccupant dans l'évaluation de 130 projets financés sur ressources extérieures, selon les données du ministère de l'Économie, de la Planification et de l'Aménagement du territoire (MINEPAT). Trente projets ont été classés " très préoccupants ", 39 " préoccupants " et 23 " peu performants ". Les difficultés relevées concernent notamment les lenteurs dans la passation des marchés, la mobilisation insuffisante des contreparties nationales, les révisions techniques ainsi que les contraintes sécuritaires et foncières.
Ces contre-performances interviennent alors que les ressources disponibles ne suffisent pas à couvrir l'ensemble des besoins de décaissement des projets en cours. Pour la période 2027-2029, ceux-ci sont estimés à 3 804 milliards de FCFA, contre un plafond prévisionnel de 2 891 milliards, soit un écart de 913 milliards de FCFA. Pour le seul exercice 2027, le décalage atteint 329 milliards de FCFA, avec des besoins évalués à 1 254 milliards, contre un plafond de 925 milliards.
Dans ce contexte, l'évaluation des projets en difficulté répond à un double impératif : identifier les opérations dont les retards compromettent les résultats attendus et mieux concentrer les ressources disponibles sur celles qui peuvent être exécutées dans des conditions satisfaisantes. La restructuration, la renégociation ou l'annulation de certaines conventions, envisagées par la circulaire présidentielle, s'inscrivent ainsi dans une logique de rationalisation des investissements publics.
Claude Paul Tjeg
Publié le 13/10/26 11:38
La Rédaction
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