Présent à Douala le 19 février 2026 face aux acteurs du secteur financier, le ministre camerounais des Finances Louis Paul Motazé a exposé le dispositif retenu pour financer le budget de l'État cette année. Au cœur de son intervention figure la mobilisation de 400 milliards FCFA sur le marché domestique, via une opération de syndication locale et une émission obligataire destinée aux investisseurs.
Cette orientation découle du décret présidentiel signé le 21 janvier 2026 autorisant le gouvernement à lever jusqu'à 1 650 milliards FCFA d'emprunts. Selon ce texte, 1 000 milliards doivent être recherchés à l'international, tandis que 400 milliards proviendront d'émissions d'obligations du Trésor sur le marché domestique et 250 milliards de financements auprès d'organismes privés locaux.
Devant le gotha de la finance réuni dans la capitale économique, Louis Paul Motazé a confirmé l'avancement des discussions avec les institutions financières nationales. " En ce qui concerne les 400 milliards de FCFA à mobiliser sur le marché domestique j'ai appris avec satisfaction l'évolution positive des discussions relatives à une opération de syndication domestique, dont la conclusion pourrait permettre de lever environ 200 milliards de FCFA, soit la moitié de l'enveloppe autorisée sur le marché domestique ".
Dans ce type de montage, plusieurs banques ou investisseurs du même pays s'associent pour financer ensemble l'emprunteur. Une institution arrangeuse structure l'opération et répartit le montant entre les participants, chacun prenant une quote-part. Pour l'État, cette formule permet d'obtenir des volumes importants auprès d'acteurs locaux, de partager le risque entre prêteurs et d'éviter une exposition au change puisque les fonds sont généralement levés en monnaie locale.
Le ministre a également évoqué un recours possible au marché financier régional par appel public à l'épargne. " Un sondage de marché est envisagé afin d'apprécier l'opportunité d'un retour sur le marché financier domestique à travers une émission obligataire par appel public à l'épargne dont la taille pourrait être comprise entre 100 et 150 milliards de FCFA, en fonction des conditions de liquidité et d'appétit des investisseurs ".
Une émission obligataire permet à l'État d'emprunter directement auprès d'un large éventail d'investisseurs. Concrètement, le Trésor émet des titres achetés par des banques, compagnies d'assurance, fonds ou particuliers, qui perçoivent ensuite un intérêt et récupèrent leur capital à l'échéance. Contrairement à la syndication, la souscription est ouverte au marché et non limitée à un cercle restreint d'institutions.
Un marché régional sous pression après plusieurs années de sollicitations
Si Yaoundé privilégie aujourd'hui une combinaison d'instruments, c'est aussi en raison des tensions croissantes sur le marché des titres publics de la CEMAC. Samuel Tela, directeur de la Trésorerie au ministère des Finances, l'a récemment rappelé lors d'une interview diffusée à la télévision publique. " D'abord, les États ont beaucoup sollicité le marché domestique.
Si vous regardez l'encours des titres entre 2020 et 2025, le montant a pratiquement été multiplié par cinq. On est passé d'environ 1 800 milliards en 2020 à près de 9 000 milliards en décembre 2025. Le marché n'a plus la capacité, pour l'ensemble des États, notamment les six pays de la CEMAC qui s'y financent pour la plupart, de répondre à tous nos besoins ".
Dans ces conditions, lever rapidement de gros montants devient plus complexe. Le ministre souligne qu'il devient difficile " d'y lever 200 ou 300 milliards d'un coup. Et même si une telle opération était possible, il s'agirait le plus souvent d'emprunts de court terme. Sur l'encours global du marché domestique, on observe en effet une forte concentration d'émissions à court terme. Les États s'endettent pour six mois, douze mois, et au mieux pour trois ans. Or, on ne peut pas financer des projets de développement avec des endettements de court terme, sans en dénaturer la logique et compromettre leur soutenabilité ".
Rappelons que, s'agissant de l'enveloppe globale de 1 650 milliards de FCFA, le Cameroun a déjà réussi à lever 415 milliards de FCFA sur les 1 000 milliards autorisés sur les marchés internationaux. Le reliquat, soit 585 milliards de FCFA, fait actuellement l'objet de tractations susceptibles de permettre au pays d'obtenir des conditions de marché plus favorables.
" En ce qui concerne le reliquat de 585 milliards de FCFA sur l'enveloppe globale de 1 000 milliards de FCFA prévue pour les marchés internationaux, nous avons d'ores et déjà engagé des discussions avec certaines institutions multilatérales, notamment la Banque africaine de développement et African Trade & Investment Development Insurance (ATIDI), en vue de la mise en place d'un mécanisme de rehaussement de crédit susceptible de nous permettre d'obtenir des conditions financières plus attractives et d'optimiser le coût de nos ressources. "
Perton Biyiha
Publié le 23/02/26 15:02
La Rédaction
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