Le Burkina Faso accélère sa stratégie de reprise en main de ses ressources naturelles. Lors du conseil des ministres du jeudi 19 février, le gouvernement a annoncé une prise de participation supplémentaire de 25 % dans la société exploitant la mine d'or de Kiaka, filiale du groupe australien West African Resources (WAF). Une décision qui porte désormais la part de l'État à 40 % du capital de l'un des projets aurifères les plus prometteurs du pays.
Au-delà d'une simple opération financière, cette montée au capital illustre l'évolution progressive de la doctrine minière burkinabè : capter une part plus importante de la rente aurifère tout en maintenant la présence d'opérateurs internationaux capables d'assurer financement et expertise technique.
Kiaka, un actif stratégique dans l'économie de l'or
Située à environ 110 kilomètres au sud-est de Ouagadougou, la mine de Kiaka a produit son premier lingot en juin 2025 et s'impose déjà comme un pilier du potentiel aurifère national. Le gisement affiche des réserves estimées à 4,8 millions d'onces d'or, près de 136 tonnes, plaçant le site parmi les actifs miniers les plus significatifs du Burkina Faso.
Selon les projections de l'opérateur, Kiaka devrait produire en moyenne 234 000 onces d'or par an, soit environ 6,6 tonnes, sur une durée d'exploitation d'au moins vingt ans. Un profil de production particulièrement attractif, à même de générer des revenus réguliers pour le budget national sur le long terme.
Dans une note publiée le 22 février en réaction, West African Resources a confirmé l'ouverture de discussions avec l'État burkinabè par l'intermédiaire de la Société de Participation Minière du Burkina Faso (SOPAMIB), structure chargée de porter les investissements publics dans le secteur extractif.
" Nos discussions avec le gouvernement concernant la structure de l'actionnariat de Kiaka reflètent une vision commune visant à développer une industrie minière forte et durable ", a déclaré le directeur général du groupe, Richard Hyde, évoquant également des coopérations potentielles sur de futurs projets.
Pour WAF, dont l'ensemble des actifs est concentré uniquement au Burkina Faso, la stabilité du partenariat avec les autorités demeure un enjeu central. Le groupe exploite déjà la mine de Sanbrado ainsi que le projet aurifère de Toega, affichant une solide position dans le pays.
Voir aussi - Burkina Faso : La compagnie aurifère WAF double son bénéfice à 78 milliards FCFA au 1er semestre
La montée en puissance de l'État intervient alors que la rentabilité du secteur atteint des niveaux élevés. Porté par la hausse des prix du métal jaune, West African Resources a annoncé avoir doublé ses bénéfices au premier semestre 2025, atteignant environ 78 milliards de FCFA sur ses opérations burkinabè.
Dans ce contexte favorable, Ouagadougou cherche clairement à redéfinir le partage de la valeur créée par l'exploitation minière, l'or demeurant de loin la première source de devises du pays.
La prise de participation accrue dans Kiaka marque ainsi une étape supplémentaire dans la transformation du modèle minier burkinabè : un passage progressif d'un rôle de simple percepteur de redevances à celui d'actionnaire stratégique, directement exposé aux performances, et aux aléas, du marché de l'or.
Publié le 23/02/26 18:22
Jean Mermoz Konandi
SN
CEMAC