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RDC : Le premier investissement minier américain ''post-Chine'' entaché par des soupçons de fraude sur les actifs

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Selon les informations révélées par l'agence Reuters ce mardi 21 avril 2026, le premier investissement minier emblématique des États-Unis en République Démocratique du Congo (RDC), destiné à briser l'hégémonie chinoise sur les minéraux critiques, est au cœur d'un scandale de crédibilité. La société américaine Virtus Minerals, qui a racheté les mines de Chemaf en mars 2026 pour 30 millions de dollars, est accusée d'avoir " exagéré son expérience minière ".
Alors que l'entreprise affirmait sur son site internet exploiter avec succès une usine de traitement de cuivre et de cobalt au Katanga via sa filiale ROK Metals, l'enquête démontre que ladite usine est à l'arrêt depuis 2012 et n'a jamais été acquise par la firme américaine, faute de paiement.

Cette situation place l'administration américaine dans une position inconfortable, elle qui présentait cette acquisition comme un " investissement phare des États-Unis en RDC " destiné à démontrer que " l'intérêt du secteur privé américain est réel et catalysera d'autres investissements ". Et pourtant les signaux d'alerte s'étaient déjà manifestés en août 2024, lorsque l'USAID avait suspendu une subvention de 2 millions de dollars après avoir découvert que Virtus ne possédait pas les actifs revendiqués. Ce manque de diligence professionnelle soulève des questions sur la stratégie de Washington, qui semble avoir privilégié le profil sécuritaire des dirigeants plutôt que leur expertise technique industrielle.

Cette affaire fragilise au passage les efforts de Kinshasa pour assainir un secteur souvent critiqué pour son opacité. Jean-Pierre Okenda, directeur de l'ONG Sentinel, souligne qu'il est " essentiel que le gouvernement de la RDC s'assure que Virtus possède les capacités techniques, financières et opérationnelles nécessaires ". Le choix de Virtus par les autorités congolaises semble avoir été influencé par " l'expérience en matière de sécurité " de ses dirigeants, dans un contexte de tensions régionales avec le Rwanda, au détriment d'une analyse rigoureuse des états financiers et opérationnels de l'acquéreur.

On notera au passage que ce revers souligne la difficulté pour les acteurs occidentaux de rivaliser avec l'infrastructure minière chinoise déjà bien implantée. Si le projet Chemaf devait péricliter ou stagner faute de compétences techniques réelles, ce serait un signal négatif sur la capacité des États-Unis à offrir une alternative viable au modèle de Pékin. Alors que la RDC produit plus de 70 % du cobalt mondial, ce premier test du partenariat stratégique américano-congolais démontre que la diplomatie géopolitique ne peut faire l'économie d'un audit rigoureux des réalités du terrain.

Idrissa Diakité

Publié le 21/04/26 15:27

La Rédaction

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