C'est le dénouement d'un bras de fer de six ans, qui marque au passage un tournant majeur dans la gestion des ressources extractives en zone CEMAC. Sous l'impulsion du président Brice Clotaire Oligui Nguema, le Gabon s'apprête désormais a encaisser le rapatriement effectif de 150,6 milliards FCFA (environ 270 millions de dollars), de premiers fonds destinés à la restauration des sites miniers et pétroliers (fonds REST). Une initiative confirmée ce 5 avril 2026 au terme d'une rencontre entre le numéro un gabonais et le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui. Cette avancée, obtenue après une implication directe du sommet de l'État auprès des majors pétrolières, met fin à une longue période d'incertitude réglementaire et technique qui entravait la pleine application de la réglementation de change en vigueur dans la sous-région.
Ce succès gabonais consacre officiellement un changement de paradigme au sein de la Banque des États de l'Afrique Centrale (BEAC). Lors de la session ordinaire du Comité de Politique Monétaire du 2 avril 2026, l'institution a pris acte de l'inefficacité du modèle centralisé appliqué jusqu'alors. Le Gouverneur de la BEAC a donc a annoncé une révision stratégique avec l'abandon de l'approche globale au profit d'un mécanisme de négociations bilatérales. Désormais, chaque État membre de la CEMAC est invité à mener ses propres discussions avec ses partenaires industriels, bénéficiant toutefois de l'assistance technique de la Banque centrale pour garantir la conformité des accords.
La justification de ce pivot repose sur la réalité contractuelle. Le manque d'harmonisation des codes miniers et pétroliers entre les États membres rendait l'approche " taille unique " inopérante. Entre les clauses de partage de production spécifiques et les disparités de législations nationales sur l'obligation de réhabilitation environnementale, la BEAC reconnaît que la souveraineté contractuelle de chaque pays doit primer. Cette décentralisation vise à offrir une plus grande agilité décisionnelle tout en assurant une meilleure appropriation nationale des solutions financières retenues.
Cette nouvelle dynamique est un signal fort de crédibilité. En réussissant à mobiliser ces ressources dormantes, le Gabon contribue directement à l'objectif de la BEAC de porter les réserves de change à 6 566 milliards FCFA d'ici fin 2026. Ce " modèle gabonais ", salué par la BEAC, est désormais érigé en cas d'école pour les autres pays producteurs de l'union, comme le Congo ou la Guinée Équatoriale, suggérant que l'alchimie entre leadership politique et expertise monétaire est la clé pour lever les verrous liés aux rapatriements des devises.
Idrissa Diakité
Publié le 07/04/26 10:18
La Rédaction
SN
CEMAC