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CEMAC : Fitch juge les banques capables de résister aux effets de la guerre entre les États-Unis et l’Iran

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Les banques de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC), qui regroupe le Cameroun, le Gabon, la République du Congo, le Tchad, la Centrafrique et la Guinée équatoriale, devraient rester solides face aux conséquences économiques du conflit entre les États-Unis et l'Iran. Dans une analyse publiée le 22 juin 2026, Fitch Ratings estime que l'impact de cette crise géopolitique sur les profils de crédit des établissements bancaires de la région devrait rester limité.

L'agence de notation américaine relève toutefois une source de vulnérabilité importante : la forte exposition des banques aux États et aux entreprises publiques. À fin septembre 2025, leurs prêts à ces acteurs atteignaient 10 600 milliards de FCFA, soit 39 % de l'ensemble de leurs actifs. Près de 80 % de cette exposition correspondait à des titres publics.

Selon Fitch, une dégradation de la situation budgétaire des États de la CEMAC, provoquée par les effets indirects du conflit sur les économies régionales, pourrait se répercuter sur la qualité des actifs bancaires et, par conséquent, fragiliser les profils financiers des établissements concernés.

Cette exposition intervient dans un contexte particulier pour les économies de la région. À l'exception de la République centrafricaine, les pays de la CEMAC sont des exportateurs nets de pétrole brut. Fitch estime que la hausse des cours du pétrole liée aux tensions internationales pourrait constituer une opportunité pour renforcer les recettes extérieures et budgétaires.

Selon l'agence, ces revenus supplémentaires pourraient soutenir les finances publiques de plusieurs pays. Toutefois, une partie de ces ressources devrait également être mobilisée pour financer certaines dépenses publiques, notamment des investissements au Gabon et des subventions en République du Congo. Fitch ne prévoit cependant pas que ces recettes exceptionnelles permettent, à court terme, de résorber les tensions de liquidité observées sur le marché des titres publics de la CEMAC.

Le secteur pétrolier pourrait soutenir la qualité des crédits bancaires

Au-delà des finances publiques, Fitch estime que le secteur pétrolier et gazier pourrait contribuer à la résilience des banques face au choc international. Les établissements bancaires de la région disposent en effet d'une exposition significative à cette activité, qui représentait environ 20 % du total des crédits accordés à fin septembre 2025.

L'amélioration des performances des entreprises pétrolières et gazières, soutenue par des prix élevés du brut, pourrait ainsi limiter la dégradation de la qualité des actifs bancaires en 2026.

L'agence reste néanmoins prudente sur l'évolution du marché pétrolier. Elle indique que si la circulation maritime dans le détroit d'Ormuz reprenait plus rapidement que prévu, les risques pesant sur sa prévision d'un prix moyen du Brent à 87 dollars le baril en 2026 diminueraient. Fitch rappelle toutefois qu'une nouvelle aggravation du conflit dans le Golfe reste possible.

Dans un scénario plus défavorable, marqué par une perturbation prolongée du détroit d'Ormuz et un prix du pétrole durablement supérieur à 100 dollars le baril, les banques de la CEMAC pourraient subir davantage de pressions.

Cette situation s'expliquerait notamment par la dépendance des économies de la région aux importations de produits pétroliers raffinés. Une hausse prolongée des prix de l'énergie pourrait alimenter l'inflation, renchérir le coût des produits alimentaires, réduire le pouvoir d'achat des ménages et accroître les charges des entreprises. Ces facteurs pourraient fragiliser la capacité de remboursement des emprunteurs, en particulier les particuliers et les petites et moyennes entreprises.

" Cette dégradation potentielle de la qualité des actifs bancaires pourrait dépasser les effets positifs liés à l'amélioration des revenus pétroliers sur les prêts accordés aux États et aux acteurs liés au secteur public ", estime Fitch Ratings.

Des fragilités persistantes liées aux créances douteuses et au financement public

Au-delà de l'impact potentiel du conflit, Fitch souligne que les banques de la CEMAC restent exposées à un éventuel durcissement des conditions de financement. Une inflation élevée et durable, combinée à une hausse prolongée des taux d'intérêt ou à une baisse plus importante que prévu de l'appétit des investisseurs pour les titres publics, pourrait compliquer le refinancement des dettes arrivant à échéance.

Le Gabon et la République du Congo figurent parmi les pays les plus exposés à ce risque. Une dégradation des conditions de financement pourrait accroître la probabilité de pertes sur les portefeuilles de titres souverains détenus par les banques et exercer une pression supplémentaire sur leur liquidité.

Fitch rappelle également que la situation de départ des banques de la CEMAC comporte déjà plusieurs points de fragilité. Les crédits représentent environ la moitié des bilans bancaires, tandis que les créances douteuses atteignaient 16,7 % des prêts à fin septembre 2025. Leur couverture par des provisions demeurait limitée, à environ 74 %.

Pour l'agence, ce niveau de provisionnement laisse les fonds propres des banques exposés aux actifs dépréciés non couverts, mais également aux risques liés à la concentration des engagements sur certains emprunteurs et secteurs d'activité.

Malgré ces vulnérabilités, Fitch estime que le choc lié au conflit entre les États-Unis et l'Iran ne devrait pas, à ce stade, entraîner une modification significative des profils de crédit des banques de la CEMAC.

 

Perton Biyiha

Publié le 23/06/26 16:17

La Rédaction

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