Au premier trimestre 2025, le Gabon confirme une singularité au sein de la CEMAC. Le coût du crédit y demeure le plus élevé de la région. D'après les statistiques de la Banque des Etats de l'Afrique Centrale (BEAC), le taux effectif global (TEG) moyen pratiqué par les banques gabonaises s'établit à 16,47 %, contre 10,51 % pour l'ensemble de la zone. L'écart est particulièrement marqué avec le Cameroun (8,26 %) ou le Congo (9,74 %), soulignant un différentiel de prix du crédit qui dépasse largement les seules dynamiques conjoncturelles.
Cette situation s'explique d'abord par la structure même du marché du crédit gabonais, telle que décrite par la BEAC. Le système bancaire reste fortement concentré au premier trimestre 2025, avec BGFIBank Gabon qui capte plus de 71 % des nouveaux concours. Cette concentration limite la concurrence sur les taux et confère aux banques dominantes un pouvoir de fixation des prix plus élevé. Par ailleurs, toujours selon la BEAC, le crédit demeure largement orienté vers le court terme, qui représente près de 88 % des nouveaux financements, une configuration qui accroît la prime de risque intégrée dans les taux appliqués aux entreprises comme aux ménages.
La banque centrale souligne également le poids des frais et commissions dans la formation du coût final du crédit. Si le taux nominal représente environ 75 % du TEG, les charges annexes restent significatives, en particulier pour les entreprises, contribuant à maintenir un niveau élevé de taux effectifs. Cette réalité contraste avec des marchés plus profonds, où la concurrence bancaire et la diversification des portefeuilles permettent de lisser ces coûts. Dans ce contexte, le niveau élevé des taux au Gabon apparaît aussi comme le reflet d'un marché étroit, peu diversifié et très sensible au risque sectoriel.
Le diagnostic est d'ailleurs renforcé par l'analyse prudentielle de la COBAC, qui apporte un éclairage complémentaire. Dans son rapport annuel 2024, le superviseur régional relève une dégradation marquée de la qualité des actifs au Gabon, avec une hausse de +31,4 % des créances douteuses, l'une des plus fortes de la CEMAC. Cette détérioration oblige les banques à accroître leurs provisions et à renforcer leurs marges pour préserver leurs ratios prudentiels, ce qui se répercute directement sur les taux débiteurs. Pour la COBAC, tant que la concentration des risques et la fragilité de certains portefeuilles persisteront, la détente du coût du crédit au Gabon restera limitée, malgré les ajustements monétaires observés au niveau régional.
Idrissa Diakité
Publié le 23/01/26 14:37
La Rédaction
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CEMAC