La société britannique Kore Potash, qui détient les projets de potasse Kola et DX en République du Congo, réclame des éclaircissements sur l'application du nouveau code minier à sa convention minière. Cette clarification est jugée indispensable par son directeur général, Andre Baya, pour faire avancer le processus formel de cession de l'entreprise, alors que le financement du projet Kola reste à boucler.
Le calendrier est d'autant plus contraignant que l'entreprise doit simultanément obtenir des garanties sur le cadre juridique, sécuriser les financements nécessaires et poursuivre les démarches préparatoires au développement du projet. " Le reste de l'année 2026 s'annonce particulièrement important pour Kore, alors que nous attendons de nouvelles clarifications concernant la nouvelle loi minière, tout en poursuivant le développement du projet Kola et le processus formel de cession ", a déclaré Andre Baya.
Promulguée le 18 avril 2026, la nouvelle loi minière remplace le régime en vigueur depuis 2005 et introduit plusieurs changements susceptibles de modifier l'équilibre économique des projets miniers. L'État conserve notamment une participation gratuite de 10 % dans les sociétés en phase d'exploitation et peut acquérir jusqu'à 25 % supplémentaires, portant ainsi sa participation potentielle à 35 %.
Le texte instaure également des contrats de partage de production, selon lesquels au moins 35 % de la production restante après récupération des coûts admissibles doivent revenir chaque année à l'État. Il prévoit par ailleurs, en principe, que les minerais soient transformés avant leur exportation et impose l'adaptation des conventions minières existantes dans un délai de deux ans.
Pour Kore Potash, l'enjeu consiste à déterminer les obligations industrielles qui s'appliqueront à la potasse et les conséquences de ces nouvelles dispositions sur le modèle économique de Kola. L'incertitude est particulièrement sensible pour un projet nécessitant des investissements initiaux considérables et dont le financement dépend de la capacité à garantir aux investisseurs des conditions d'exploitation suffisamment prévisibles.
Cette préoccupation est également exprimée par l'organisation patronale UNICONGO, dont la Fédération Mines compte Kore Potash parmi ses membres. L'organisation estime que la révision des conventions minières fragilise les garanties de stabilité juridique, fiscale et économique sur lesquelles reposent les décisions d'investissement.
Elle critique aussi le calcul de la redevance minière sur la base du prix de marché à l'exportation, sans déduction de certains coûts logistiques, ainsi que l'instauration d'un bonus à verser à l'État lors de l'octroi d'un titre minier. Autant de dispositions dont les modalités d'application pourraient peser sur la rentabilité attendue du projet Kola.
2,2 milliards USD à mobiliser, 6,4 millions en trésorerie
Au-delà des incertitudes réglementaires, Kore Potash doit réunir environ 2,2 milliards USD pour financer le développement de Kola. En juin 2025, la société a signé des protocoles d'accord non contraignants avec OWI-RAMS GmbH. Ces accords prévoient la mise en place d'un financement de projet senior garanti, associé à un financement par redevances, ainsi que l'entrée d'un partenaire stratégique expérimenté.
La situation de trésorerie de l'entreprise souligne l'importance de cette mobilisation financière. Selon son rapport trimestriel, Kore Potash disposait de 6,4 millions USD au 30 septembre 2026, contre 7,5 millions USD au 30 juin, soit une baisse de 15 %. Au troisième trimestre, la société a consacré 662 000 USD aux activités d'exploration. Aucune activité de production ni de construction n'a été engagée sur le projet.
Les incertitudes entourant le financement se répercutent également sur les préparatifs techniques et environnementaux. La mise à jour de l'étude d'impact environnemental et social est suspendue dans l'attente de la confirmation des modifications de conception demandées par de potentiels investisseurs stratégiques.
Deux candidats à la reprise en phase de vérification
Parallèlement à la recherche de financements, Kore Potash poursuit la cession de l'entreprise, un processus formel lancé le 4 novembre 2025. Un premier candidat s'est retiré en février 2026. Un nouvel acquéreur potentiel est ensuite entré dans le processus le 8 juin 2026. À ce stade, deux parties procèdent à des vérifications préalables. Leurs identités, les éventuelles offres formulées et le calendrier d'une décision finale n'ont pas été communiqués.
L'issue de cette opération pourrait contribuer à débloquer le développement de Kola, mais elle reste étroitement liée aux conditions dans lesquelles le projet pourra être financé et exploité. Kore Potash n'a pas présenté la cession comme une liquidation forcée. La société doit néanmoins composer avec une échéance contractuelle contraignante : sa convention minière impose le démarrage des travaux de construction au plus tard le 8 juin 2027.
Cette échéance laisse une marge de manœuvre limitée pour clarifier les effets de la nouvelle loi minière, arrêter les modalités de financement et finaliser les choix techniques.
Conscientes de ces enjeux, les autorités congolaises et l'entreprise ont constitué un groupe de travail chargé d'examiner les conséquences du nouveau cadre réglementaire sur le modèle financier de Kola et sur sa capacité à mobiliser les capitaux nécessaires. Les discussions se poursuivent afin de formaliser une solution.
Claude Paul Tjeg
Publié le 30/10/26 11:46
La Rédaction
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