L'officialisation ce mercredi 4 mars, de l'intégration du Gabon au Plan Mattei est une étape historique pour l'axe naissant Rome-Libreville, dotant cette coopération bilatérale d'un cadre financier et stratégique de premier plan. Ce programme, porté par la Présidente du Conseil italien Giorgia Meloni, dispose d'une enveloppe initiale globale de 5,5 milliards d'euros (environ 3 600 milliards FCFA), mêlant aide publique, garanties et fonds d'investissement. Avec le Gabon, ce plan opérationnel inclut désormais 15 nations africaines. Il vise à transformer l'Italie en un hub énergétique et logistique, tout en finançant des projets concrets dans l'éducation, l'agriculture et les infrastructures de connectivité.
Ce rapprochement est le fruit d'une diplomatie active amorcée dès 2025. La rencontre décisive entre le Président de la Transition, le Général Brice Clotaire Oligui Nguema, et Giorgia Meloni en Éthiopie, en marge du 39e Sommet de l'Union Africaine (février 2026), a scellé cette alliance. Cet échange a permis d'aligner les priorités du Plan Mattei avec le Plan National de Développement du Gabon, qui prévoit un budget d'investissement record de plus de 3 000 milliards FCFA pour l'exercice 2026. L'objectif affichée est de capter une partie des flux financiers italiens pour soutenir la modernisation des infrastructures et la diversification économique hors-pétrole.
Le secteur privé italien, fer de lance de cette stratégie, renforce déjà son ancrage local. Le géant énergétique ENI, qui prévoit d'investir plusieurs milliards d'euros sur le continent d'ici 2028, se positionne sur des projets de décarbonation et de gaz naturel au Gabon. D'autres champions industriels manifestent un intérêt marqué : Webuild pour les grands chantiers de génie civil, Saipem pour les infrastructures sous-marines et industrielles, ainsi que Bonatti dans la maintenance pétrolière. Dans le domaine agro-industriel, des groupes comme Bonifiche Ferraresi explorent des partenariats pour valoriser les terres arables, un secteur où le Gabon prévoit d'injecter plus de 400 milliards FCFA annuels sur la période 2026-2028.
Au-delà des hydrocarbures, l'intégration au Plan Mattei ouvre de nouvelles perspectives pour la formation et l'emploi. Le programme prévoit des mécanismes de financement conjoints avec la Banque Africaine de Développement (BAD), via une facilité de 100 millions d'euros dédiée aux projets durables. Pour le Gabon, cela représente une opportunité de financer la montée en compétence de sa jeunesse dans les métiers techniques. En s'appuyant sur ce modèle de partenariat fondé sur l'égalité, Libreville et Rome entendent transformer les défis migratoires et climatiques en opportunités de croissance partagée, consolidant ainsi la stabilité régionale au cœur de la zone CEMAC.
Idrissa Diakité
Publié le 06/03/26 13:00
La Rédaction
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