Selon le Baromètre économique de la CEMAC publié par la Banque mondiale, les entraves logistiques continuent de peser lourdement sur le commerce sous-régional en Afrique centrale. L'un des exemples les plus saisissants réside dans les coûts exorbitants supportés par les transporteurs sur le corridor Douala-Bangui.
Un trajet aller-retour d'un camion de 25 tonnes entre le Cameroun et la République centrafricaine peut coûter plus de 3 000 dollars américains, soit environ 1,6 million de francs CFA, alors que les frais légaux ne dépassent pas 60 dollars (environ 33 000 FCFA). " Une étude de la Banque mondiale a calculé qu'un aller-retour pour un camion de 25 tonnes entre la frontière camerounaise et Bangui, la capitale centrafricaine, est soumis à une série de frais coûteux, s'élevant à plus de 3 000 USD, même si les frais officiels sont inférieurs à 60 USD ", peut-on lire dans ce rapport.
Ce gouffre entre coûts officiels et réels qui est alimenté par une multitude de postes de contrôle illégitimes, des pratiques de rançonnement, ainsi que des frais illicites, plombent le commerce intrarégional. Celui-ci ne représentait que 5,1 % du commerce total de la sous-région entre 2019 et 2021, selon la Banque mondiale, dans une zone pourtant intégrée sur le papier.
Les coûts de transport élevés, souvent cités parmi les obstacles majeurs à l'intégration économique, s'ajoutent à d'autres failles. La Banque mondiale cite notamment les infrastructures insuffisantes, la réglementation non harmonisée, l'alimentation électrique instable et connectivité numérique faible.
Cette situation n'est pas nouvelle. Avant la parution du rapport de la Banque mondiale, l'Observatoire des pratiques anormales (OPA), mis en place avec l'appui de l'Union européenne pour surveiller les flux de transport dans la région, avait déjà tiré la sonnette d'alarme. Dans son enquête sur les principaux corridors d'Afrique centrale, l'OPA révélait que les transporteurs déboursaient en moyenne 64 000 FCFA à chaque trajet sur le corridor Douala-Bangui (1 435 km), contre 22 941 FCFA sur le corridor Douala-N'Djamena (1 934 km), pourtant plus long de 500 kilomètres.
En ramenant ces chiffres au kilomètre, l'OPA concluait que le corridor Douala-Bangui était jusqu'à quatre fois plus coûteux pour les camionneurs que celui vers le Tchad. Cela s'explique, entre autres, par la multiplication des points de contrôle, souvent irréguliers, sur le territoire camerounais. Sur les 57 postes de contrôle identifiés entre Douala et Bangui, plus de 40 se trouvent au Cameroun.
Sur le corridor Douala-N'Djamena, 93 points d'arrêts ont été répertoriés par l'OPA début 2022, dont 61 sont des postes de contrôle, et 57 d'entre eux sont situés au Cameroun. Cela signifie que le Cameroun installe un poste de police, de gendarmerie ou de douane tous les 18 km, contre un tous les 147 km au Tchad.
Un précédent rapport de 2018, produit à l'initiative des syndicats de transporteurs, chiffrait à 175 milliards de FCFA (environ 286 millions de dollars USD) le total des pots-de-vin versés annuellement sur le seul corridor Douala-N'Djamena, par les 78 000 camions actifs. Ces paiements seraient principalement destinés à des agents de police, de gendarmerie, de douane ou encore des forces de sécurité routière. Les transporteurs dénoncent un système de racket institutionnalisé.
Pourtant, les pays de la CEMAC ne manquent pas de cadres réglementaires pour réguler ces pratiques. Depuis 2006, le Programme régional du transit prévoit un maximum de 5 postes de contrôle sur le corridor Douala-N'Djamena et 3 sur Douala-Bangui. L'OPA, émanation de ce programme, préconise aussi la mise en place de brigades mixtes CEMAC pour rationaliser les contrôles. Mais sur le terrain, ces mesures restent faiblement appliquées.
Perton Biyiha
Publié le 18/07/25 16:41
La Rédaction
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