Hamadou Tinni, ministre nigérien du Pétrole
En l'espace de quinze années, le Niger dont l'économie était intimement liée à l'uranium, émerge comme un acteur majeur avec une montée en puissance dans le secteur pétrolier en Afrique. À la faveur d'une stratégie combinant partenariats internationaux, renforcement de la souveraineté nationale et développement d'infrastructures, le pays inspire désormais plusieurs voisins, en quête d'un meilleur partage de la rente pétrolière.
Le tournant le plus récent, remonte au 18 mai dernier, lorsque le gouvernement nigérien a conclu de nouveaux protocoles d'accord, avec des partenaires chinois, mettant ainsi fin à une année de tensions avec la China national petroleum corporation (Cnpc), géant pétrolier chinois, troisième plus grande compagnie pétrolière à l'échelle mondiale, opérant sur le continent. Au cœur de ces accords, des avancées significatives pour l'État nigérien.
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Il s'agit entre autres de l'obtention de 45% de participation dans West African Oil Pipeline Company (Wapco), filiale locale de la CNPC ; 60% des postes de direction seront désormais occupés par des Nigériens, contre 30% auparavant ; 80% des emplois d'exécution réservés à la main-d'œuvre nationale ; et une réduction du tarif de transport du pipeline de 27 à 15 dollars par baril, générant plus de 106 millions de dollars (environ 60 milliards FCFA) d'économies annuelles. Ces concessions marquent une inflexion majeure dans la gouvernance du secteur, traduisant la volonté de Niamey de reprendre la main sur ses ressources énergétiques, tout en maintenant des partenariats avec des investisseurs étrangers.
Un modèle qui fait école dans la sous-région
La portée de ces avancées dépasse largement les frontières du Niger. Au Tchad, les syndicats du secteur pétrolier observent avec attention cette évolution. Par la voix de leur vice-président Sylvain Deurom, cité par la chaîne audiovisuelle internationale France 24, ils plaident pour une réplication du modèle nigérien, jugé plus favorable aux intérêts nationaux. Cette dynamique illustre une tendance plus large en Afrique. En effet, les États producteurs cherchent à renforcer leur participation dans les industries extractives, afin d'accroître les retombées économiques locales.
Montée en puissance du secteur pétrolier avec des opportunités d'investissement
Aujourd'hui, le pays dispose d'un potentiel considérable, avec 70% de son territoire constitué de bassins sédimentaires, huit blocs pétroliers couvrant plus de 240 000 km², et des dizaines de forages déjà réalisés, selon le ministère nigérien du pétrole. Au-delà de l'extraction, Niamey entend désormais structurer une véritable chaîne de valeur énergétique. Plusieurs projets structurants sont en préparation. Il s'agit d'une raffinerie à Dosso, actuellement à l'étude ; des infrastructures de stockage stratégique ; la production de carburants (Jet A1, GPL) ; la valorisation du gaz naturel ; et surtout le projet de Trans-Saharan Gas Pipeline, destiné à relier le Nigeria à l'Algérie via le Niger pour approvisionner les marchés européens.
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Les avancées actuelles du Niger reposent sur une trajectoire structurée et progressive. Après les premières explorations dans les années 1950, le véritable décollage intervient en 2008, avec l'adoption du cadre de Contrat de partage de production (CPP) en partenariat avec la CNPC. Depuis, les étapes clés se sont enchaînées : 2011 : première production commerciale (20 000 barils/jour) ; 2012–2018 : plus de 100 découvertes dans le bassin d'Agadem ; 2024 : mise en service du pipeline Niger–Bénin long de près de 1 950 km ; 2024–2026 : montée en régime avec une production stabilisée à 110 000 barils/jour.
Entre souveraineté et attractivité
Le Niger semble ainsi trouver un équilibre subtil entre affirmation de sa souveraineté et maintien d'un climat attractif pour les investisseurs. Le pays met en avant un régime fiscal compétitif, incluant des exonérations ciblées, ainsi que des blocs encore disponibles pour l'exploration. Ce positionnement hybride, mêlant fermeté dans la négociation et ouverture aux capitaux étrangers, pourrait devenir un modèle de référence pour d'autres économies africaines riches en ressources naturelles.
À travers ces évolutions, le Niger incarne une transformation plus profonde du secteur énergétique africain. Face aux enjeux de transition énergétique, de volatilité des prix et de pression sociale, les États cherchent désormais à maximiser les retombées locales de leurs ressources.
Publié le 29/05/26 11:22
Narcisse Angan
SN
CEMAC