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Côte d’Ivoire : 63 millions FCFA versés à trois villages pour avoir préservé plus de 1 000 hectares de forêt

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En Côte d'Ivoire, la préservation des forêts commence désormais à se traduire par des bénéfices financiers pour les communautés locales. Réunis le 12 août à l'Auditorium de la Primature, à Abidjan, le gouvernement ivoirien et la Banque mondiale ont procédé à la remise d'un premier chèque de 62,8 millions de FCFA aux communautés villageoises de Gnato, Bliéron et Pimé, dans le département de Tabou, au sud-ouest du pays. Cette somme récompense leur engagement à conserver volontairement plus de 1 059 hectares de forêt, plutôt que de les convertir en terres agricoles.

Ce paiement intervient dans le cadre du Projet de Paiement des Réductions d'Émissions autour du parc national de Taï (PRE). Les 62,8 millions de FCFA versés constituent une première tranche d'une enveloppe totale de 88,8 millions de FCFA qui doit revenir aux trois communautés sur la durée du contrat. Le reliquat de 26 millions de FCFA fera l'objet d'un second décaissement prochain.

La répartition des fonds tient compte des superficies de forêt conservées et des efforts de chaque communauté. Gnato recevra ainsi 25,13 millions de FCFA, soit 40 % de l'enveloppe, pour développer l'aviculture. Bliéron bénéficiera de 21,99 millions de FCFA (35 %) destinés à la pisciculture, tandis que Pimé recevra 15,70 millions de FCFA (25 %) pour développer la porciculture. ‘'En Côte d'Ivoire, préserver la forêt devient une source de revenus, un levier de développement local'', a déclaré le ministre de l'Environnement, du Développement durable et de la Transition écologique, Abou Bamba.

Un mécanisme qui rémunère les efforts de préservation des forêts

Le PRE repose sur un principe désormais bien rodé dans la finance climatique, celui du paiement fondé sur les résultats. Les communautés qui préservent ou restaurent la forêt permettent une réduction mesurable des émissions de CO₂ ; ces réductions, une fois vérifiées selon les normes internationales, sont ensuite rémunérées par des acheteurs internationaux, l'État ivoirien reversant la moitié des fonds perçus directement aux communautés engagées sur le terrain.

 

Le dispositif commence à produire des résultats à grande échelle. Depuis 2020, environ 20 millions de tonnes équivalent CO₂ ont été vérifiées, pour 31,7 milliards FCFA déjà versés à la Côte d'Ivoire au titre du contrat ERPA conclu avec la Banque mondiale. Plus de 22 000 bénéficiaires à travers le pays ont d'ores et déjà touché près de 2,8 milliards FCFA, redistribués par mobile money.

''Ce n'est pas un bonus, c'est de l'argent que vous méritez''

Devant les représentants du gouvernement, du corps diplomatique et des partenaires techniques et financiers présents, le ministre de l'Environnement, du Développement durable et de la Transition écologique, Abou Bamba, a salué le choix des trois villages, qu'il a qualifié d'''acte de courage, de clairvoyance et de patriotisme''. Il a tenu à insister sur la nature du versement : ‘'Ce n'est pas un bonus, c'est de l'argent que vous méritez du fait d'avoir conservé effectivement vos forêts.''

Le ministre a replacé cette cérémonie dans la trajectoire fixée par le président Alassane Ouattara, qui vise à restaurer et préserver au moins 20 % du couvert forestier national d'ici 2040, soit 6,5 millions d'hectares. Il en a également profité pour opposer l'exemple de ces trois villages, qui ont refusé l'orpaillage clandestin sur leurs terres, à des pratiques observées ailleurs dans le pays, appelant les chefs de communauté à s'en inspirer.

Sur la gestion des fonds, Abou Bamba a demandé aux villages la même rigueur que celle ayant permis d'obtenir ces paiements. En effet, les trois villages se sont formellement constitués en association, l'Association des Villages de Gnato, Bliéron et Pimé (AVGBP), dotée d'un bureau exécutif et de mandataires bancaires pour gérer collectivement les ressources. Tahé Bernard Djoui, porte-parole des bénéficiaires et président de l'association, représentait les trois communautés lors de la cérémonie.

Un modèle appelé à s'étendre

Au-delà du Sud-Ouest, le gouvernement souhaite désormais étendre ce modèle à d'autres zones du pays, y compris celles où la couverture forestière a fortement évolué sous l'effet de l'agriculture. L'enjeu consiste notamment à mieux mesurer le potentiel de séquestration du carbone de ces espaces afin d'identifier de nouvelles possibilités de rémunérer les efforts de conservation.

Pour Abou Bamba, l'expérience de Gnato, Bliéron et Pimé montre surtout que la protection de la forêt peut être conciliée avec le développement économique local. Une logique que le gouvernement veut désormais reproduire auprès d'autres communautés ivoiriennes.

Pour Abidjan, l'enjeu dépasse le cas de ces trois villages du Sud-Ouest ivoirien. En donnant une valeur économique tangible à la forêt sur pied, le gouvernement espère convaincre d'autres communautés, notamment dans les régions voisines de San-Pédro et du Cavally, de faire le même choix que Gnato, Bliéron et Pimé plutôt que de céder à la pression de l'exploitation agricole ou minière.

Fanuelle YAO

Publié le 13/08/26 11:30

La Rédaction

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