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Côte d’Ivoire : La petite mine légale, l’autre réponse à l’orpaillage clandestin

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Eugène Manlan, Vice-président du Groupement des artisans miniers de Côte d'Ivoire (GRAMCI)

Dans une déclaration publiée le 28 août 2026, le Groupement des artisans miniers de Côte d'Ivoire appelle à ne pas confondre les réseaux clandestins avec les petites mines régulièrement autorisées. Alors que les dégâts environnementaux de l'orpaillage illégal mobilisent l'opinion, l'organisation défend la formalisation engagée par le ministère des Mines comme une réponse économique, environnementale et sécuritaire à part entière.

À Koun-Fao, dans l'est de la Côte d'Ivoire, la mine semi-industrielle exploitée par Eburnie Gold Fields offre un aperçu de ce que peut représenter une petite exploitation aurifère intégrée à l'économie formelle. Selon le Groupement des artisans miniers de Côte d'Ivoire (GRAMCI), elle emploie 20 salariés permanents et plus de 80 journaliers. Depuis 2022, l'entreprise aurait versé environ 300 millions FCFA en impôts et taxes, 200 millions FCFA au titre de la taxe ad valorem, près de 375 millions FCFA pour des projets communautaires et environ 180 millions de FCFA pour la réhabilitation progressive du site.

Ces données, communiquées par l'organisation professionnelle, illustrent les retombées que la petite mine légale peut générer lorsqu'elle est autorisée, fiscalisée et soumise à des obligations environnementales. Dans les zones rurales, elle représente également une importante source de revenus.

En vertu du Code minier, cette activité est réservée aux nationaux ivoiriens. Sa formalisation peut ainsi contribuer à maintenir une plus grande partie de la richesse aurifère dans les territoires producteurs, à sécuriser les emplois et à offrir aux communautés des retombées qui leur échappent lorsque l'or emprunte les circuits clandestins.

Deux réalités à ne pas confondre

C'est cette distinction que le GRAMCI entend réaffirmer dans sa déclaration du 28 août. D'un côté, l'orpaillage légal repose sur une autorisation délivrée par le ministère des Mines, l'identification des exploitants et le respect d'obligations fiscales, sociales et environnementales. Il rend possible le contrôle des périmètres d'exploitation, la traçabilité de la production, la réhabilitation des terres et la mise en œuvre de pratiques respectueuses de l'environnement.

De l'autre, l'orpaillage clandestin échappe à la réglementation et aux contrôles. Il dégrade les sols, pollue les ressources en eau, empiète sur les terres agricoles et alimente des circuits informels de commercialisation susceptibles d'être liés à des activités criminelles. Au-delà de ses conséquences environnementales, il prive l'État et les collectivités d'une partie de leurs recettes et expose les populations à des risques sanitaires, sociaux et sécuritaires importants.

L'ampleur du phénomène ressort du bilan présenté le 23 juillet 2026 par le Conseil national de sécurité. Entre 2021 et le premier semestre 2026, plus de 8 500 sites d'orpaillage illégal ont été évacués sur l'ensemble du territoire. Quelque 4 474 personnes ont été déférées devant la justice, dont 65 % d'étrangers. Les opérations ont également permis la saisie de plus de 960 millions de FCFA et d'environ 136 kilogrammes d'or.

Ces résultats témoignent de l'intensité de la riposte, mais aussi de la capacité des réseaux clandestins à se déplacer et à se reconstituer. La répression, aussi indispensable soit-elle, ne peut constituer l'unique réponse à une activité qui procure des revenus à de nombreuses populations rurales.

La formalisation comme réponse structurelle

C'est sur ce constat que le ministère des Mines, du Pétrole et de l'Énergie a progressivement construit une stratégie complémentaire : faire entrer dans la légalité les acteurs nationaux disposés à respecter la réglementation. Il ne s'agit plus seulement de fermer des sites clandestins, mais d'éviter que leur démantèlement ne laisse un vide économique rapidement réinvesti par les réseaux illégaux.

Cette politique produit des résultats mesurables. Selon le GRAMCI, plus de 800 autorisations d'exploitation artisanale et semi-industrielle ont été délivrées au cours des trois dernières années, soit davantage que durant toute la décennie précédente. Cette accélération permet d'identifier davantage d'opérateurs et de placer leurs activités sous le contrôle de l'administration.

La formalisation ne se limite toutefois pas à la délivrance d'un titre. Elle s'appuie sur un accompagnement du ministère des Mines allant de la constitution de coopératives et de la formation des exploitants à l'amélioration des méthodes de production, à la sécurité des travailleurs, à la protection de l'environnement et à l'accès aux circuits officiels de commercialisation. Elle doit aussi rendre possible la traçabilité de l'or, depuis le site d'extraction jusqu'au marché.

Le ministère accompagne également cette politique par un travail de sensibilisation engagé depuis décembre 2023 auprès des préfets, des chefs traditionnels, des élus, des jeunes et des communautés. Quatre campagnes nationales ont déjà été organisées dans plusieurs zones concernées, notamment les districts des Savanes, des Lacs et des Lagunes, ainsi qu'à Séguéla, en juin 2026, au bénéfice des régions du Bafing, du Béré et du Worodougou.

L'objectif est de transformer progressivement une activité souvent informelle et précaire en un secteur mieux structuré, capable de créer des emplois, de contribuer aux recettes publiques et de financer la remise en état des sites.

Éviter qu'un moratoire ne fragilise les acteurs légaux

Dans ce contexte, le GRAMCI s'oppose à l'hypothèse d'un moratoire général sur les activités aurifères. L'organisation estime qu'une suspension indistincte pénaliserait les entreprises régulièrement autorisées sans nécessairement faire disparaître les réseaux clandestins.

Elle cite l'expérience de la région de la Mé, où des opérateurs légaux avaient suspendu leurs activités en avril 2024 face à la progression de l'orpaillage clandestin. Deux ans plus tard, affirme le groupement, cette interruption n'aurait pas suffi à endiguer le phénomène.

La position du GRAMCI pose une question centrale de politique publique : faut-il suspendre l'ensemble de la petite mine ou accélérer la structuration d'une filière légale, contrôlée et créatrice de valeur ?

Pour l'organisation, faire reculer l'illégalité ne consiste donc pas à effacer la petite mine, mais à déplacer progressivement le centre de gravité du secteur vers des exploitations autorisées, traçables, fiscalisées, contrôlées et soumises à des obligations de protection de l'environnement et de réhabilitation des sites exploités. À cette condition, l'orpaillage légal peut devenir non pas l'adversaire, mais l'un des principaux instruments de la lutte contre l'orpaillage clandestin, soutient le GRAMCI.

Publié le 29/08/26 09:30

Jean Mermoz Konandi

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