Des extrémistes affiliés à des organisations terroristes utilisent des cartes SIM préenregistrées et des comptes bancaires ouverts au nom de femmes pour dissimuler méthodiquement les flux d'argent alimentant leurs activités criminelles dans la sous-région. Cette méthode particulièrement sophistiquée, employée par des facilitateurs du terrorisme au Nigeria, a été révélée par la Nigerian Financial Intelligence Unit (NFIU), la cellule nigériane, dans son rapport annuel 2025 rendu public à la fin du mois d'août 2026.
D'après ce rapport, cette technique inédite de blanchiment d'identité permet aux commandants et soutiens financiers de groupes armés comme l'État islamique en Afrique de l'Ouest et Boko Haram d'échapper aux contrôles de conformité bancaire. Les réseaux criminels tirent délibérément parti des structures socioculturelles locales en enregistrant des comptes bancaires sous le nom de leurs épouses, de leurs proches ou de personnes vulnérables.
Ces femmes apparaissent comme les titulaires officielles des comptes, mais les opérations sont exécutées à leur insu par des tiers qui gèrent directement les cartes de retrait, les accès aux services bancaires en ligne et les téléphones associés.
La NFIU explique que l'efficacité du dispositif repose grandement sur le déploiement de puces téléphoniques acquises sous des identités usurpées ou au nom de personnes défuntes. Les cellules de soutien logistique neutralisent la corrélation entre les registres d'identification nationale, le numéro de vérification bancaire et la carte SIM enregistrée, pour garantir un anonymat total aux donneurs d'ordre.
Toute alerte bancaire automatique déclenchée lors d'un mouvement de fonds suspect réoriente les investigations vers des personnes physiques neutres et non informées des opérations sous-jacentes.
Le rapport de l'organisme public souligne également l'usage récurrent de techniques de dissimulation linguistique et de codage dans les libellés de transferts d'argent. Les communications et les justificatifs de virements emploient des formules anodines combinant divers dialectes locaux afin de déjouer les algorithmes de filtrage des institutions financières axés sur les mots clés sensibles.
Parallèlement, les fonds issus de plateformes de financement participatif ou de collectes internationales sont scindés en petites sommes puis transférés vers des relais locaux composés d'étudiants ou de commerçants agissant comme intermédiaires financiers.
La fragmentation des dépôts, la multiplicité des intermédiaires et l'exploitation des failles d'enregistrement des numéros mobiles permettent d'acheminer des ressources substantielles vers les zones de conflit sans éveiller les soupçons des analystes de conformité des banques commerciales.
Ces révélations ont immédiatement poussé les régulateurs sectoriels à réagir pour renforcer la sécurité de la sphère financière. La Banque centrale du Nigeria et la Commission des télécommunications intensifient la synchronisation de leurs plateformes de données afin d'éliminer les faiblesses d'authentification des usagers et de préserver l'intégrité du système bancaire face aux menaces transnationales.
Les établissements de crédit de la région sont également invités à appliquer une vigilance accrue sur les comptes dormants subitement réactivés par des mouvements de trésorerie inhabituels.
Anselme Akéko
Publié le 28/08/26 14:16
La Rédaction
SN
CEMAC