La junior minière a conclu trois accords d'option lui permettant d'acquérir progressivement jusqu'à 85 % de cinq projets d'exploration couvrant 1 508 km². Présentés comme " prometteurs ", ces sites sont situés à proximité de mines ou de découvertes majeures telles que Tongon, Boundiali, Koné, Séguéla et Ity.
Un nouvel acteur australien prend position dans l'or ivoirien. Eminence Minerals Limited, cotée à l'Australian Securities Exchange, a conclu trois accords d'option exclusifs portant sur cinq projets d'exploration situés dans le nord et l'ouest de la Côte d'Ivoire.
L'opération couvre une superficie cumulée de 1 508 km². Elle doit permettre à Eminence de porter progressivement ses participations jusqu'à 85 %, sous réserve de la réalisation des conditions prévues dans les accords. Une part des paiements dus aux vendeurs restera liée aux résultats futurs des travaux d'exploration, ce qui permet à la compagnie d'échelonner ses investissements en fonction des avancées obtenues sur le terrain.
Le portefeuille comprend quatre permis déjà attribués, couvrant environ 871 km², et cinq demandes de permis encore en cours d'instruction. Eminence ne rachète donc pas cinq mines prêtes à produire. Elle acquiert des droits sur des zones qui devront faire l'objet de relevés géologiques, d'échantillonnages et, à terme, de forages pour déterminer si elles contiennent des ressources aurifères économiquement exploitables.
Une stratégie fondée sur la proximité des grands actifs
L'intérêt du portefeuille tient d'abord à sa localisation. Les cinq projets se trouvent dans des districts aurifères déjà explorés ou exploités par des groupes internationaux. Pour une société d'exploration, cette proximité constitue un indicateur géologique favorable : les gisements d'or peuvent s'inscrire dans de vastes structures minéralisées qui traversent plusieurs permis.
Elle ne garantit toutefois pas la découverte d'un nouveau gisement. Seuls les travaux de terrain permettront de confirmer la présence, la teneur et la continuité d'une éventuelle minéralisation.
Dans le nord, le projet de Tarato couvre 154 km² dans la région de Korhogo. Ses deux permis attribués se situent à environ 50 km au sud-ouest de la mine de Tongon, exploitée jusqu'à dernièrement par Barrick Gold qui l'a cédée à Atlantic Group du magnat Koné Dossongui.
À Kounouman, Eminence vise deux demandes de permis couvrant 160 km². Le projet se trouve à environ 7 km d'un gisement (BST1) d'Aurum Resources, intégré au projet de Boundiali. Ce dernier abrite des ressources annoncées de 3,22 millions d'onces d'or, soit environ 100 tonnes. La même zone accueille également le projet d'exploration de Perseus Mining.
Entre Koné et Séguéla
Le projet de Banandjé est le plus vaste du portefeuille, avec 451 km². Il occupe une position particulièrement suivie : environ 10 km au nord-ouest du complexe aurifère de la mine géante Koné développé par Montage Gold et près de 25 km au nord de la mine de Séguéla exploitée par Fortuna Mining.
Koné vient d'entrer dans une première phase de production et doit devenir l'une des plus importantes mines d'or du pays. Séguéla est déjà en exploitation. En se positionnant entre ces deux actifs, Eminence mise sur la continuité potentielle des structures géologiques qui ont favorisé les découvertes réalisées dans cette partie du territoire.
Plus au sud, Sarhala couvre 319 km² dans le district de Dianra-Mankono. Le projet comprend un permis déjà attribué au sein d'une formation birimienne, cet ensemble géologique ancien qui concentre une grande partie des gisements aurifères d'Afrique de l'Ouest, explique Eminence. Des exploitations artisanales historiques y ont également été signalées et doivent faire l'objet de vérifications.
Dans l'ouest, enfin, le projet de Tonkpi représente 424 km² dans le district de Danané-Ity. Les demandes de permis se situent à environ 18 km de la mine d'Ity d'Endeavour Mining, la plus ancienne exploitation aurifère et la plus importante encore en activité en Côte d'Ivoire. Cette dernière a produit 319 000 onces en 2025 et vise entre 285 000 et 330 000 onces en 2026.
Les premiers travaux concentrés sur 871 km²
Une fois les acquisitions finalisées, Eminence prévoit de commencer par les zones pour lesquelles les autorisations sont déjà disponibles, notamment à Tarato, Banandjé et Sarhala. La compagnie devra d'abord réunir et vérifier les données géologiques, géochimiques et géophysiques existantes.
Des équipes seront ensuite déployées pour cartographier les terrains, effectuer des prélèvements et classer les différentes cibles selon leur potentiel. Cette première sélection doit permettre de concentrer les dépenses sur les zones présentant les indices les plus solides avant d'engager des campagnes de forage, plus coûteuses.
" Notre priorité technique immédiate sera de consolider et de valider les informations historiques ", explique Anthony Hills, directeur général d'Eminence Minerals. L'objectif est de hiérarchiser les cibles et d'orienter les capitaux vers les secteurs offrant les meilleures perspectives géologiques.
Une nouvelle illustration de l'attractivité aurifère ivoirienne
L'arrivée d'Eminence s'inscrit dans une vague d'investissements et de transactions qui redessine l'industrie aurifère ivoirienne. Parmi les opérations récentes figurent la cession de Tongon et de permis associés par Barrick à Atlantic Group pour un montant pouvant atteindre 305 millions de dollars, le rachat des projets Doropo et ABC par Resolute Mining pour 150 millions de dollars, ainsi que l'acquisition d'African Gold par Montage Gold pour 170 millions de dollars.
Pour Eminence, le défi commence désormais : transformer la proximité de mines reconnues et les premiers indices observés sur le terrain en découvertes mesurables. La valeur réelle de ses cinq projets dépendra des résultats des prochaines campagnes d'exploration. Mais avec 1 508 km² répartis autour de plusieurs pôles aurifères majeurs, la compagnie australienne acquiert d'emblée une présence significative sur la nouvelle carte de l'or ivoirien.
Publié le 19/10/26 17:30
Jean Mermoz Konandi
SN
CEMAC