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Côte d’Ivoire : Le gouvernement étend à la mangue le dispositif de régulation des filières coton et anacarde

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La mangue ivoirienne change de cadre institutionnel. L'ordonnance adoptée ce 23 septembre étend à cette filière les règles prévues par la loi n°2013-656 du 13 septembre 2013 relative à la commercialisation du coton et de l'anacarde et à la régulation de leurs activités. Le Conseil Coton-Anacarde voit ainsi ses missions élargies à la ‘'régulation, au suivi et au développement des activités de la filière Mangue'', selon le communiqué officiel.

La réforme porte également sur la gouvernance. Le Conseil d'administration de l'institution est réaménagé afin d'intégrer un représentant de l'interprofession de la mangue. L'objectif affiché par l'exécutif est de renforcer l'encadrement d'une filière qui représente environ 10% de la production fruitière nationale.

40 000 tonnes exportées en 2024

Cette décision intervient alors que la mangue occupe une place croissante dans les exportations horticoles ivoiriennes. Selon l'Inter Mangue, quelque 40 000 tonnes ont été exportées en 2024, contre 31 000 tonnes en 2023. La performance masque toutefois un potentiel encore largement inexploité. Avec une production annuelle estimée à environ 180 000 tonnes, une part limitée de la récolte atteint les marchés extérieurs.

Le principal enjeu est donc moins celui des volumes produits que celui de la capacité à transformer une production agricole importante en valeur économique durable. Les difficultés d'écoulement sur le marché intérieur, l'insuffisance des capacités industrielles et les pertes post récolte réduisent encore le rendement économique de la filière. L'Agence ivoirienne de presse rapporte notamment que près de 40% de la production peuvent être perdus, tandis que moins de 2% seraient transformés industriellement.

La qualité, nouveau point de vigilance

La conquête des marchés extérieurs impose par ailleurs une exigence croissante en matière de qualité sanitaire et de traçabilité. En 2024, l'Inter Mangue a fait état de 39 interceptions de lots à l'exportation, liées notamment à des problèmes qualitatifs et documentaires. Pour une filière fortement tournée vers le marché européen, ces incidents constituent un enjeu commercial autant que réglementaire.

Les contraintes phytosanitaires, notamment les attaques de mouches des fruits et certaines maladies, viennent s'ajouter aux aléas climatiques et aux difficultés logistiques. L'enjeu de la nouvelle architecture réglementaire sera donc de mieux coordonner les différents maillons, depuis la production jusqu'à la commercialisation et à l'exportation.

Une extension plutôt qu'une nouvelle agence

Le choix du gouvernement présente surtout une particularité institutionnelle. Plutôt que de créer une nouvelle structure publique dédiée à la mangue, l'exécutif étend le périmètre d'un mécanisme existant.

La démarche n'est pas totalement nouvelle. En avril 2025, le même dispositif avait été étendu au karité. Le gouvernement avait alors justifié cette option par des problématiques communes de commercialisation et de valorisation, tout en intégrant les représentants de l'interprofession concernée au Conseil d'administration.

Pour la mangue, cette mutualisation doit permettre de disposer d'un cadre institutionnel déjà opérationnel pour accompagner une filière confrontée à des enjeux de qualité, de commercialisation et de valorisation.

Pour la Côte d'Ivoire, l'enjeu est ainsi de réduire l'écart entre le potentiel agricole de la mangue et sa contribution effective à la création de valeur. La progression des exportations montre que les débouchés existent. La persistance des pertes et la faiblesse de la transformation montrent, elles, que le potentiel reste loin d'être entièrement capté.

Publié le 24/09/26 13:43

Dr Ange Ponou

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