L'inflation poursuit son ralentissement en Côte d'Ivoire. La hausse générale des prix s'est en effet établie à 1,4% en avril 2026 sur un an, contre 2% le mois précédent, selon les dernières données de l'Agence nationale de la statistique (Anstat). Un niveau relativement contenu qui confirme la résilience de l'économie ivoirienne face aux tensions persistantes sur les marchés alimentaires et les services.
Derrière cette accalmie, plusieurs signaux traduisent toutefois des pressions inflationnistes encore bien ancrées dans certains segments clés de la consommation des ménages. L'Anstat met notamment en évidence ‘'une nette augmentation des produits frais (+2,4%)'', alimentée par ‘'les hausses observées sur les légumes frais et les viandes fraîches''.
Le chiffre le plus marquant concerne les légumes fruits frais ou réfrigérés, dont les prix ont bondi de 35,8% sur un an. Une envolée qui montre la vulnérabilité persistante des circuits d'approvisionnement agricoles face aux aléas climatiques et logistiques.
Les produits alimentaires restent le principal foyer de tension
Comme souvent dans les économies africaines, l'alimentation demeure le principal moteur de l'inflation. La division ‘'Produits alimentaires et boissons non alcoolisées'' a ainsi affiché une hausse annuelle de 3,7%, portée par plusieurs catégories sensibles pour le panier des ménages.
Les prix des viandes fraîches, réfrigérées ou congelées ont progressé de 7,1%, tandis que ceux des animaux terrestres vivants ont augmenté de 3,5%. Les fruits tropicaux frais, notamment les dattes et figues, ont également enregistré une hausse de leur prix de 1,6%.
Certaines composantes viennent néanmoins atténuer cette poussée. Les prix des céréales ont reculé de 3,3%, tandis que les prix des tubercules, plantains et bananes à cuire ont affiché une baisse marquée de 9,2%. Une évolution qui contribue à limiter la transmission des tensions alimentaires vers une inflation plus généralisée.
Les télécommunications alimentent aussi la hausse des prix
Autre enseignement notable du rapport, la progression des coûts liés aux services numériques et aux communications. La division ‘'Information et Communication'' a enregistré une hausse de 1,9%.
Cette augmentation est principalement portée par les services de communication mobile, en hausse de 6,8%, et les services de communication fixe, dont les tarifs ont flambé de 15,1%. Une dynamique qui reflète à la fois l'essor des usages numériques et l'augmentation des coûts d'exploitation dans le secteur des télécommunications.
Le communiqué souligne toutefois que cette hausse est partiellement compensée par le recul des équipements de téléphonie mobile, dont les prix ont baissé de 3,1%, ainsi que par le léger repli des abonnements aux contenus audiovisuels et services de streaming.
La baisse des carburants amortit le choc inflationniste
Le principal facteur de modération de l'inflation reste cependant le repli des prix énergétiques. La division ‘'Transports'' a reculé de 1,3% sur un an, grâce à la baisse des carburants.
Dans le détail, ‘'le prix de l'essence a reculé de 4,1% et celui du diesel baisse de 3,6%'', précise l'Anstat. Cette détente énergétique contribue directement à réduire les coûts de mobilité des ménages et des entreprises.
Les produits énergétiques dans leur ensemble ont ainsi affiché une baisse annuelle de 3,6%, sous l'effet combiné du recul des carburants et des prix du bois de chauffage.
Une inflation sous-jacente qui reste sous surveillance
Malgré le ralentissement global de l'indice, les économistes restent attentifs à l'évolution de l'inflation sous-jacente, c'est à dire hors produits frais et énergie, souvent considérée comme un indicateur plus structurel des tensions économiques.
Or celle-ci demeure orientée à la hausse, avec une progression de 1,6% en avril. L'agence y voit ‘'la persistance de tensions sur certaines composantes structurelles de l'indice, notamment dans les services''.
Autrement dit, si le reflux des prix énergétiques permet aujourd'hui de contenir l'inflation globale, les pressions demeurent présentes dans plusieurs secteurs clés de l'économie ivoirienne. Une situation qui confirme que la bataille contre la hausse du coût de la vie reste loin d'être totalement gagnée.
Publié le 12/05/26 11:57
Dr Ange Ponou
SN
CEMAC