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Côte d’Ivoire : Un institut pour reprendre la main sur la recherche du café et du cacao

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Dans le café comme dans le cacao, la bataille ne se joue plus uniquement dans les plantations. Elle se déplace désormais vers les laboratoires, les données, la génétique et la capacité à répondre aux normes des marchés internationaux. C'est dans cette perspective que le Conseil des ministres ivoirien a adopté, ce 23 septembre 2026, la création de l'Institut du Café et du Cacao, en abrégé I2C.

L'ambition affichée est particulièrement forte. Le nouvel institut doit offrir un environnement de recherche intégrant ‘'les nouvelles technologies de pointe'', avec des chercheurs hautement spécialisés et un réseau associant universités ivoiriennes, pôles d'excellence régionaux et organisations internationales. Surtout, le gouvernement lui assigne pour mission de ‘'reprendre l'initiative scientifique sur le café et le cacao'', afin de renforcer la compétitivité des deux filières et leur capacité à satisfaire les standards du marché mondial.

Divo, un choix qui mise sur le patrimoine génétique

Le choix du site de Divo donne une portée très concrète au projet. L'I2C doit être édifié sur la station de recherche du Centre national de recherche agronomique (CNRA) qui dispose de banques de gènes ainsi que de parcelles expérimentales matures de café et de cacao. Ce patrimoine biologique constitue une base importante pour la recherche variétale et l'adaptation des cultures aux nouvelles contraintes agronomiques.

Le calendrier de cette décision n'est pas anodin. La cacaoculture ivoirienne reste confrontée à des maladies particulièrement préoccupantes, dont le swollen shoot. En juin, le ministère de l'Enseignement supérieur avait encore réuni le CNRA et l'Université Nangui Abrogoua autour de l'évaluation d'une biosolution destinée à lutter contre cette maladie virale. En août, le gouvernement indiquait que des chercheurs ivoiriens avaient développé des solutions biologiques visant à en assurer le traitement et le contrôle.

La menace dépasse d'ailleurs les frontières ivoiriennes. La FAO et les acteurs du cacao ivoirien et ghanéen ont adopté en avril 2026 une feuille de route régionale sur 5 ans pour lutter contre le Cocoa Swollen Shoot Virus Disease, considéré comme une menace majeure pour la production ouest-africaine.

Le compte à rebours européen

À cette pression agronomique s'ajoute un autre impératif, celui de la conformité internationale. Le règlement européen contre la déforestation, l'EUDR, doit entrer en application le 30 décembre 2026 pour les opérateurs moyens et grands, tandis que la plupart des micro et petites entreprises bénéficieront d'un délai jusqu'au 30 juin 2027. Le cacao et le café figurent parmi les matières premières couvertes par ce dispositif.

La règle impose notamment de pouvoir démontrer que les produits commercialisés sur le marché européen ne sont pas issus de terres récemment déboisées, avec des exigences de traçabilité pouvant aller jusqu'à la parcelle de production.

La Côte d'Ivoire a justement engagé cette transition avec son Système national de traçabilité, opérationnel depuis le 1er septembre 2026 et adossé à la carte électronique du producteur. Malgré des difficultés initiales signalées par certains acteurs, le dispositif monte en puissance. Entre le 7 et le 20 septembre, plus de 50 000 tonnes de cacao avaient déjà été achetées via le système auprès de plus de 70 000 producteurs, selon le Conseil du café et du cacao.

L'I2C intervient ainsi à l'intersection de deux exigences devenues indissociables : produire davantage et pouvoir démontrer comment, où et dans quelles conditions le produit a été cultivé.

De la productivité à la souveraineté scientifique

Au-delà de la seule lutte contre les maladies, le nouvel institut traduit une évolution de la stratégie agricole ivoirienne. L'enjeu consiste désormais à disposer de capacités nationales capables d'accompagner la sélection de variétés plus adaptées, la maîtrise phytosanitaire, l'amélioration de la qualité et l'évolution des standards internationaux.

Pour la Côte d'Ivoire, premier producteur mondial de cacao, la question est aussi économique. La robustesse des rendements et la conformité des fèves conditionnent directement la capacité de la filière à préserver ses débouchés internationaux. Dans ce contexte, la recherche devient un investissement de sécurisation d'un actif agricole majeur.

Publié le 24/09/26 11:20

Dr Ange Ponou

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